80 ans de Départementalisation : le mariage de raison qui nous coûte cher

Les 80 ans de la départementalisation

Ce 19 mars 2026, on sort les gerbes, on lustre les bustes de Raymond Vergès et de Léon de Lépervanche, et on souffle les 80 bougies de la loi de départementalisation. C’est l’heure du bilan : on vit plus vieux, on a des routes magnifiques, mais on a aussi appris à dire « merci patron » à chaque fois qu’un bateau arrive au Port.

De la misère coloniale au confort… sous perfusion

En 1946, on vivait jusqu’à 50 ans et on avait plus de chances d’attraper le paludisme que de gagner au Loto. Aujourd’hui, on dépasse les 80 ans d’espérance de vie. C’est le succès indéniable du « pack départemental ».

« On n’avait rien, mais on savait pourquoi. En 2026, on a tout, mais on ne sait plus comment le payer sans une subvention de l’Europe ou un chèque de Paris ! On est passé de l’esclavage de la canne à l’esclavage économique » explique un ancien.

Le revers de la médaille, le péi des monopoles

La départementalisation, c’était la promesse de l’égalité. Résultat ? On a les mêmes prix qu’en France… plus le fret, plus l’octroi de mer, plus la marge du distributeur qui roule en décapotable à Saint-Gilles.

  • La dépendance : 80 % de ce qu’on mange vient de l’extérieur. Si le bateau ne vient pas, on redécouvre le goût de la racine de songe en 24 heures.

  • Les monopoles : en 80 ans, on a remplacé les « Gros Blancs » de la canne par les « Gros Distributeurs » du yaourt. Ce sont les mêmes familles, mais ils ont changé de logo.

  • L’assimilation : on a tellement voulu ressembler à l’Auvergne ou au Pas-de-Calais qu’on a failli oublier la vrai recette du rougail saucisse, qui non, ne se mange pas avec de la crème fraîche.

Le devoir de mémoire (ou de facture ?)

Pendant que les Archives Départementales nous montrent des photos en noir et blanc de 1946, les Réunionnais d’aujourd’hui regardent leur compte en banque en couleur (souvent en rouge). L’exposition à Stella Matutina nous explique le passage de l’économie sucrière à la modernité.

« C’est fascinant », note Hugues-Marie. « On est passé d’une île qui produisait du sucre pour le monde entier à une île qui importe du sucre en morceaux emballés individuellement dans du plastique venu de Nantes. C’est ça, le progrès ! »

80 ans et toujours chez maman

80 ans, c’est l’âge de la sagesse. On a la Nouvelle Route du Littoral (enfin presque !), le RSA, et plus de fonctionnaires au mètre carré que de grains de riz dans un carry. Mais soyons honnêtes, nous sommes comme un grand gaillard de 80 ans qui vit encore chez sa maman (la France) et qui reste sous camisole. On parle de « différenciation territoriale », mais dès qu’on propose de décider tout seuls, Paris nous rappelle à l’ordre.

Joyeux anniversaire à celles et ceux qui sont satisfaits ce système. Pour les autres, c’est juste un jour comme un autre en attendant, qu’un jour, l’amendement Virapoullé soit effacé des tablettes.

JeF