Après le naufrage de SOLIHA, l’urgence d’éviter le surplace social

La liquidation judiciaire de l’association historique SOLIHA laisse sur le carreau 18 salariés et des centaines de familles réunionnaises dans l’expectative. Si le Conseil Départemental tente de rassurer en sanctuarisant les budgets, la réalité du terrain ne rassure pas car les opérateurs restants, déjà asphyxiés, ne pourront pas absorber le choc. Un sursaut public d’envergure est indispensable pour éviter que l’accès à un logement digne ne devienne un mirage pour les plus précaires.
C’est un coup de massue ! Le 13 juillet dernier, le tribunal judiciaire de Saint-Denis a acté la liquidation de SOLIHA Réunion, mettant fin à des décennies d’accompagnement social pour l’amélioration de l’habitat. Derrière les chiffres d’un déficit chronique et d’un plan de continuation refusé, se cache un drame humain à double détente : 18 professionnels qualifiés perdent leur emploi, et des ménages modestes, souvent âgés ou porteurs de handicap, voient leur espoir d’un logement digne et adapté s’assombrir.
Des guichets alternatifs
Le Département de La Réunion a rapidement dégainé sa communication de crise, affirmant que l’enveloppe budgétaire allouée à la réhabilitation des logements restait intacte et que d’autres opérateurs (SPLAR, Habitéa, Prisme ou Sud Habitat Conseil) étaient prêts à prendre le relais.
Mais qui peut croire à un transfert de charge indolore ? SOLIHA était le mastodonte du secteur, traitant la part du lion des dossiers d’aide à la réhabilitation. Les structures partenaires, déjà sous l’eau et dimensionnées pour leurs propres flux, n’ont tout simplement pas les reins assez solides pour absorber instantanément ce volume colossal. Prétendre le contraire relève d’une dangereuse méthode Coué. Pour les nouveaux demandeurs, le risque d’un embouteillage administratif monstre et d’un allongement dramatique des délais d’attente est désormais une certitude.
L’impératif d’une reprise en main publique et humaine
On ne peut pas se contenter de gérer la pénurie à coups de pansements sur une jambe de bois. Face à l’urgence sociale, le Département évoque la création d’un nouvel outil public renforcé. C’est une piste nécessaire, mais elle doit se concrétiser sans tarder. Chaque mois de perdu, c’est une toiture qui fuit de plus belle, une salle de bain inaccessible pour une personne âgée, ou une famille qui s’enfonce un peu plus dans l’insalubrité.
Pour réussir cette transition et éviter la paralysie, une solution de bon sens s’impose : récupérer la force vive et l’expertise des 18 ex-salariés de SOLIHA. Ces techniciens et travailleurs sociaux connaissent le terrain réunionnais sur le bout des doigts. Les réintégrer au cœur du futur dispositif public serait le meilleur moyen de redémarrer rapidement la machine, tout en concrétisant la promesse d’un « zéro dégât humain » pour ces travailleurs sacrifiés.
L’accès à un logement digne n’est pas une variable d’ajustement budgétaire ou administrative ; c’est un droit fondamental. L’État et les collectivités locales sont aujourd’hui au pied du mur : ils doivent prouver que la disparition de SOLIHA ne signera pas l’abandon des Réunionnais les plus vulnérables.
Par Jean Fauconnet – Le 20/07/2026