Des effets et des causes

A propos du référendum autour des « Fondamentaux pour La Réunion », me revient souvent l’observation suivante : « le Peuple se fiche de l’identité, de la reconnaissance, de la responsabilité ». Ce qui l’intéresse, c’est le logement, la formation, l’emploi, le pouvoir d’achat et la vie chère, les violences intrafamiliales et les violences de quartiers, la sécurité, etc. »
Les problèmes du logement, de l’emploi, du pouvoir d’achat, de la violence, de la sécurité et les autres sont importants, ils sont vitaux pour des individus et des familles de plus en plus nombreux. Ils sont les effets d’une situation qui en est la cause. Les causes, pour le peuple me dit-on alors, c’est aux politiques de s’en occuper et de les régler. Forts de cette mission, les politiques tiennent au peuple ce langage : « votez pour moi, je règlerai la question ». Le peuple vote, tantôt à droite, tantôt à gauche. Les problèmes demeurent.
Suite à des revendications ponctuelles, des mesures ponctuelles sont prises. Ce qu’elles apportent d’une main, à grands renforts de « communication », sont annulées par les mesures qu’elles apportent de l’autre main, dans la plus grande discrétion. A l’augmentation de salaire que l’on refuse, correspond l’augmentation d’impôt pour payer le RSA ; en l’absence de politique pour développer l’économie locale (trop chère) qui permettrait d’embaucher, correspond le développement de l’importation (moins chèr) et la mise au chômage des producteurs locaux ; au refus d’une politique locale animée et conduite par des responsables locaux en fonction d’intérêts locaux, correspond une politique conduite par des responsables mondialistes en fonction d’intérêts mondialistes (pas toujours nationaux) qui marginalisent les locaux. Les revenus ordinaires et les dépenses sociales, ne sont plus financées par le travail et des cotisations, mais par les impôts, à travers les diverses aides publiques. Cette substitution de « l’Etat » pour faire vivre par l’impôt ceux que l’économie mondialiste a marginalisés et condamnés au chômage, contribue à l’endettement public de plusieurs milliers de milliards d’Euros dont il est question partout. Un jour l’État dira : je n’en peux plus (certains poussent les
choses à cette extrémité). Les problèmes ne sont pas réglés. Il n’est pas question de supprimer les aides publiques financées par l’impôt (comme y poussent certains), mais d’instaurer un ordre économique différent, qui réduirait le volume de ces aides en diminuant le nombre d’exclus.
Les problèmes ne sont toujours pas réglés, parce que personne ne s’attaque aux causes. On remplace « le revenu du travail » perdu, par « les aides publiques » de l’impôt. Les causes structurelles de cette situation, le « profit d’abord comme règle » et « la mondialisation comme unique espace de travail », ne sont pas prises en compte.
La première cause, c’est la règle du « profit d’abord ». N’est viable que s’il y a de l’argent à gagner par le jeu naturel des choses, sinon : ne pas perdre de temps, ne pas perdre d’argent (time is money). La deuxième cause, c’est la mondialisation qui fait du Monde l’unique champ de travail. Si dans un pays je ne gagne pas d’argent parce que la main d’œuvre est trop chère, j’achète au pays qui me rapporte de l’argent parce que la main d’œuvre y est moins chère. Si je gagne plus d’argent avec le sucre du Viêt-Nam et plus d’argent avec le géranium d’Egypte, je laisse tomber La Réunion.
A ces deux causes, deux remèdes : premier remède, remplacer la règle du « profit d’abord » par la règle de « l’Homme au centre » ; deuxième remède, « le retour des peuples ».
Il n’est pas question de supprimer « le capital » (l’argent) dans les processus de production, dans tous les domaines. Le capital en est un élément essentiel de l’activité économique, au même titre que « le travail » et « la matière première ». Il en est un élément au niveau local, au niveau national et au niveau mondial. Les régimes qui ont voulu l’éliminer, n’ont pas réussi. Ils ont péri ou en sont revenus.
Mais « le capital » ne doit pas ignorer les peuples : au nom du « droit des peuples ». Ces derniers ont le droit de travailler à leur propre développement et à le conduire. Si, sous la règle du « profit d’abord », le capital peut éliminer le producteur local ou prendre sa place, il enfreint la règle de « l’Homme au centre », la règle « des droits de l’Homme », un fondement de notre République. « Le capital mondialiste » a de quoi alimenter son action dans des entreprises mondiales auxquelles les acteurs locaux des peuples ne peuvent même pas rêver. « Le capital mondialiste » peut aussi « participer » au développement local par des apports divers d’argent, de technologie. A la condition qu’il s’intègre dans les projets locaux conduits par des acteurs
locaux. C’est dans cette direction que devraient pouvoir travailler les politiques.
Le problème, c’est que la règle aujourd’hui, c’est la règle « du profit d’abord » que les puissances d’argent imposent aux politiques locaux, nationaux et mondiaux. Au pouvoir de ces puissances d’argent, il n’y a pas de contre-pouvoir. C’est pour cela que les politiques de tous les bords se succèdent, dans le monde, en France et ici, sans régler « les problèmes qui intéressent les peuples ». Pour rester dans ce qui nous concerne, ces problèmes qui intéressent le peuple à La Réunion, ne sont pas réglés et s’aggravent. Personne ne contestera cela.
Les Réunionnais devraient comprendre que les politiques, aujourd’hui, ne peuvent pas régler leur situation au niveau des causes dont le principal est le déni des peuples, de leurs droits et de leurs responsabilités. Le contre-pouvoir aux puissances d’argent, ce sont les peuples. Encore faut-il, nous concernant, que les Réunionnais fassent peuple, affichent leur identité (kisa noulé), leur présence (nou léla) et leur responsabilité (sénou kifé). Cette profession de foi réunionnaise doit être massive : de dizaines de milliers de personnes de toutes origines, de toutes catégories sociales, de toutes appartenances religieuses, politiques, professionnelles, associatives : REUNIONNAISES ! Cette manifestation populaire massive devrait être confirmée par un acte politique, non pas un acte de ses « représentants », mais un acte du « souverain »
lui-même (le peuple) : UN REFERENDUM.
Alors, forts de ce « contre-pouvoir populaire », les politiques pourront négocier avec « les puissances d’argent mondialistes » pour l’instauration des « droits de l’Homme », de « L’HOMME AU CENTRE », pour l’instauration d’une politique économique de promotion, de protection et d’aide au profit de la production locale avec, par et pour les locaux. Alors les candidats ne diront plus : « votez pour moi, je règlerai les problèmes » (dépourvus du contre- pouvoir populaire, ils n’en ont pas les moyens, les uns et les autres). Ils diront, « Je sais ce que vous voulez, votez pour mon programme, c’est celui qui correspond le mieux à vos attentes et qui a les plus grandes chances de réussir ». Le peuple choisira. Il choisira le négociateur qui lui
conviendra le mieux et qui aura le plus de chance de réussir. Ce sera le retour de LA DEMOCRATIE.
J’ai parlé pour La Réunion parce que nous en sommes les responsables. Ce mouvement est national, mondial. Notre siècle est le siècle du retour des peuples. Il se manifeste dans le monde entier sous toutes sortes de formes. Il est souvent violent, il tourne parfois à la guerre. Le modèle Réunionnais que nous proposons est « pacifique ». Il est jouable. Il fait partie de ces mouvements, également pacifiques, qui se manifestent dans le monde français d’Amérique, d’Asie et d’Europe. Nous apportons la pierre d’Afrique.
Faisons peuple, affichons ce qui fait l’identité de notre peuple au sein de la nation française, traçons le chemin de notre développement et mettons-nous au travail pour le parcourir. Il nous faut passer par là pour régler nos problèmes d’emploi, de pouvoir d’achat, de sécurité, etc. Si nous ne passons pas par là, c’est l’uniformité des « puissances d’argent mondialistes », qui tiendront notre destin entre leurs mains : le destin des Réunionnais gros, moyens et petits, tous !
Par Paul HOARAU – Le 12/08/2026