Jeunesse réunionnaise et insertion, la méthode CIPI face au réel

CIPI

Chômage de masse, rupture sociale, déficit de confiance, l’accompagnement des 18-25 ans exige plus que des déclarations. En faisant le tour des CIPI Est et Ouest le 30 juillet, le Conseil départemental met en avant un bilan chiffré. Mais derrière les réussites affichées, que vaut réellement ce modèle d’accompagnement global ?

Accompagner la jeunesse réunionnaise vers l’autonomie relève trop souvent d’un exercice complexe. Entre des démarches administratives morcelées et un marché du travail insulaire contraint, les dispositifs d’insertion échouent régulièrement à maintenir le contact avec les publics les plus éloignés de l’emploi. C’est sur ce terrain que tentent d’agir les Coordinations pour l’Initiative et la Promotion de l’Insertion (CIPI).

Lors de sa visite du 30 juillet à Saint-Benoît puis à Trois-Bassins, Cyrille Melchior est venu promouvoir un suivi voulu comme « global ». L’enjeu dépasserait la simple quête d’un contrat car il s’agit d’abord de réparer des parcours de vie cabossés.

Sortir de la logique du guichet unique

À Saint-Benoît, pour le premier anniversaire de la CIPI Est, le bilan fait état de 55 jeunes suivis en un an. Un chiffre modeste à l’échelle des besoins du territoire, mais assumé par la structure : l’accent est mis sur le travail de fond. Reconstruire l’estime de soi, élaborer un projet professionnel cohérent — comme Julien, qui vise les sapeurs-pompiers, ou Laurena — exige du temps et un encadrement renforcé.

Cette approche rompt avec la logique parfois impersonnelle des inscriptions en chaîne. Cependant, relever la tête ne suffit pas à garantir un avenir car la véritable épreuve commence lorsque ces jeunes se heurtent à la réalité des offres d’emploi disponibles.

L’action sociale terrain

L’après-midi à Trois-Bassins, la CIPI Ouest (151 jeunes suivis en 2025) illustrait sa méthode à travers l’opération « Nout’ Talen au Servis’ de Nout’ Gramoun’ ». Une trentaine de jeunes y ont pris en charge un repas et des animations pour les aînés locaux.

Si l’initiative permet de créer du lien intergénérationnel et d’offrir une valorisation immédiate à des jeunes marginalisés, elle pose la question de la transition vers le monde professionnel. Rendre service aux aînés redonne confiance — comme en témoignent Julia ou Maxime —, mais cette remobilisation citoyenne doit impérativement déboucher sur des compétences transférables et reconnues sur le marché du travail pour ne pas rester une simple parenthèse solidaire.

Un taux de réussite de 60 %

Avec près de 800 jeunes accompagnés depuis la phase expérimentale de 2019 à Saint-Paul, le dispositif revendique un taux de sortie positive (emploi, formation ou projet d’insertion structuré) de près de 60 %. Un chiffre encourageant, salué par les partenaires institutionnels comme France Travail.

Pourtant, la question de la pérennité de ces parcours reste posée. Dans un contexte où l’accès à un emploi stable reste précaire pour une large partie de la jeunesse réunionnaise, ces 60 % de « sorties positives » traduisent-ils des insertions durables ou des contrats courts à renouveler sans cesse ? Si le slogan « Nou tiembo, nous largue pas ! » affiche une volonté politique, la véritable mesure du succès des CIPI se jouera sur leur capacité à insérer ces jeunes sur le long terme, bien après la fin de leur suivi.

Par Jean Fauconnet – Le 10/08/2026