Le 17 octobre, Gilets jaunes et jeunesse font cause commune

Mobilisation jeunes gilets jaunes

Huit ans après l’acte 1 des Gilets jaunes, un nouvel appel à manifester le 17 octobre 2026 entend faire converger les luttes sociales et générationnelles.

Ils étaient 450 000 dans la rue le 6 octobre. Ils s’apprêtent à être « des millions » le 17. Dans un appel public ces derniers jours sur le site https://17octobregiletjaune.net, Gilets jaunes, Gen Z, citoyens, collectifs de quartiers, appelle à une mobilisation nationale. Ce samedi 17 octobre, le but est de faire converger « nos mobilisations, nos revendications et nos solidarités ». Un mot d’ordre unitaire qui résonne comme un écho lointain à l’automne 2018.

Car le parallèle est impossible à ignorer. Le 17 novembre 2018, la France découvrait les Gilets jaunes. Des ronds-points occupés, des blocages, une colère sociale qui débordait les partis et les syndicats. Huit ans plus tard, le gilet réapparaît… mais il n’est plus seul. « En 2018, on a mis le gilet jaune, on a tenu les ronds-points, et ils ont reculé. Huit ans plus tard, on le remet et de nouveaux Gilets jaunes nous rejoignent », peut-on lire dans l’appel.

Mobilisations dans l’île

A cet instant, quelques actions à La Réunion sont indiquées :

  • Saint-Benoît, rond point des plaines, manifestation à 10h ;
  • Saint-Pierre, rue Luc Lorion, manifestation à 14h ;
  • Saint-Denis, rue de la Chapelle, assemblée à 15h.

D’autres actions seront certainement visibles mais elles ne sont pas actuellement référencées sur la plateforme en ligne. En 2018, la mobilisation dans l’île avait été très forte, sur tout le territoire. Le rond-point Zazalé au Tampon à d’ailleurs été un bastion tenu jusqu’au 24 septembre 2025, date de sa destruction.

Le budget 2027 comme détonateur

Si la colère gronde, c’est que le compte n’y est pas. L’appel pointe « le budget 2027, présenté le 1er octobre », qui « gèle les allocations, les APL et les salaires des agents publics, et prend 5,5 milliards aux retraités ». Pendant ce temps, « Total Energies empoche 11 milliards de dollars en six mois ». Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, « le gazole a augmenté de 86 % et le SMIC de seulement 26 % ». La formule claque comme une évidence, « Marre d’entendre qu’il n’y a plus d’argent, dans le deuxième pays du monde pour les dividendes. »

À cette dénonciation des inégalités s’ajoute une critique de la démocratie représentative. « Marre d’une démocratie où l’on vote tous les cinq ans et où, le reste du temps, il faudrait la fermer », un slogan qui renoue avec la défiance institutionnelle des Gilets jaunes.

Un front social élargi

Le texte ne se contente pas de juxtaposer les colères mais il tisse une chaîne de solidarités. Paysans (« vous ne touchez que 8 % de ce que nous dépensons pour manger »), pompiers en grève jusqu’au 20 octobre, ouvriers et raffineurs de Total Energies « si mal payés qu’ils touchent la prime d’activité », routiers, soignants, postiers, marcheurs pour le climat. « Fin du monde, fin du mois : mêmes responsables, même combat. » La critique du capitalisme, « qui pille et exploite le vivant sous toutes ses formes », s’inscrit dans une écologie sociale et anticapitaliste assumée.

Le texte n’oublie pas non plus l’histoire coloniale et le racisme en explicitant, « Le 17 octobre 1961, à Paris, la police de Papon massacrait des Algériens qui manifestaient pacifiquement. Soixante-cinq ans après, le racisme sert toujours à diviser celle et ceux qui ont les mêmes fins de mois. » La date du 17 octobre n’est pas anodine car elle coïncide avec la journée mondiale du refus de la misère.

« Faisons autrement »

Reste la méthode. L’appel se veut clair : « dans toutes les grandes villes, nous marcherons autrement, lycéens, étudiants, parents, syndicats, gilets jaunes, dans des cortèges communs et déclarés. » Mais il ouvre aussi la porte à des formes d’action plus radicales : « sur les ronds-points, devant les stations-service, les dépôts pétroliers et les raffineries, organisons des actions, de la désobéissance civile, des piquets de grève ou de musique, des barrages filtrants, des assemblées… Soyons partout ! »

« Viens avec ta famille, tes potes, ta classe. Mets ton gilet. Filme, poste, partage, raconte », comme mot d’ordre pour conclure l’appel. La rue comme espace de convergence, mais aussi comme caisse de résonance numérique.

En 2026, la colère prend un visage plus jeune, plus connecté, qu’en 2018. Le 17 octobre dira si la jonction entre les anciens et les nouveaux jaunes tient la route. Alors, acte 1 avant les suivants ?

Par Jean Fauconnet – Le 17/10/2026

* Crédit image : https://17octobregiletjaune.net/