Le fusil n’est pas une politique contre l’errance animale

Chien errants La Réunion

Alors que le Sénat a brièvement caressé l’idée d’autoriser l’abattage par arme à feu des chiens errants dans les Outre-mer pour protéger les élevages, l’amendement a finalement été balayé par la réalité et la pression associative. À La Réunion, où le fléau des meutes divagantes est bien connu, cette fausse bonne solution met en lumière une faillite bien plus profonde, celle d’une action publique locale dramatiquement fragmentée.

L’illusion

Face à la détresse légitime des éleveurs qui retrouvent leurs cheptels décimés au petit matin, la tentation de la réponse radicale a failli s’inscrire dans la loi (amendement 604 – Loi Protection et souveraineté agricoles). Permettre aux préfets d’ordonner des battues au fusil contre des animaux domestiques retournés à l’état sauvage relevait pourtant d’un aveu d’impuissance réglementaire. Plus qu’une régulation, cette option dessinait la promesse d’une traque dangereuse à proximité des habitations, sans aucune garantie d’efficacité.

L’histoire de la gestion de la faune nous enseigne que vider un territoire par la violence ne fait que créer un vide écologique, aussitôt comblé par de nouvelles meutes. Les armes n’auraient fait que masquer le sang des attaques par le sang des battues, sans jamais tarir la source du problème.

Les frontières invisibles

La véritable racine du mal réunionnais ne réside pas dans l’absence de cartouches, mais dans l’absence de boussole commune. Sur notre île, la lutte contre l’errance animale souffre d’un mal endémique : le cloisonnement politique et administratif. Chaque intercommunalité avance à son propre rythme, brandit son propre calendrier et déploie ses propres budgets. Pendant que l’une s’active pour proposer des campagnes de stérilisation gratuite, la collectivité voisine observe un temps de retard ou restreint ses critères d’accès.

Or, un chien errant ignore les limites géographiques des intercommunalités. Ce manque flagrant de synchronisation condamne les efforts financiers actuels à n’être que des pansements sur une jambe de bois, les populations canines se déplaçant simplement d’une zone saturée vers un territoire temporairement délaissé.

Vers une gouvernance unique ?

Pour éteindre durablement la crise, La Réunion doit impérativement cesser de penser cette politique publique par petits morceaux de territoire. L’heure n’est plus aux initiatives isolées mais à l’instauration d’une autorité unique à l’échelle de toute l’île. Seul un pilotage centralisé, coordonné et incluant les différents acteurs locaux, permettrait d’aligner enfin les horloges de la stérilisation de masse et de la verbalisation de l’abandon. L’éradication de ce fléau passera par le courage politique. C’est à ce prix, et non en comptant les munitions, que La Réunion offrira une sécurité durable à ses éleveurs et une dignité retrouvée à sa cause animale.

Par Jean Fauconnet – Le 22/07/2026