Linceuls, édito de Sedley Assonne

« …Rapprocher la police de la population, dans une relation détendue, pas d’agressivité. Il faut que la police change, de la cave au grenier. Quand on représente, avec un uniforme, l’autorité de l’Etat et la loi, on doit être parfait. Pas un peu, parfait. C’est dur, mais c’est l’objectif. Or, ce n’est pas le cas. »
Ces paroles de Jean-Luc Mélenchon, futur candidat à la présidentielle, en France, on peut tout aussi bien les calquer sur ce qui se passe à Maurice. Il y a eu quatre morts en prison, Cael Permès, Andy Selmour, John-Mick Martingale et Alex Jeff Perrine. Et l’on apprend que Dyan Sawmy vient lui aussi de perdre la vie derrière les barreaux. Comme on le dit toujours, c’est encore une fois un mort de trop !
Et alors qu’il est en place depuis Novembre 2024, on se serait attendu à ce que Navin Ramgoolam dise un mot, une parole, quelque chose qui montre que ce qui se passe au sein de l’univers carcéral est intolérable.
Mais non, rien. On se serait d’ailleurs attendu à ce que Joe Lesjongard, leader de l’opposition, consacre sa Private Notice Question au décès de Jeff Perrine, mais il a préféré se concentrer sur le concert-fiasco co-organisé par le ministère de la Culture, celui de l’industrie et la mairie de Port-Louis. Outre qu’il a été boudé par la population, on sait que les Rs 1.2 millions sont allés dans des poches autres que ceux qui souffrent. Ce qui est dommage.
Car s’il avait posé une PNQ sur les morts en prison et en cellule policière, le leader de l’opposition aurait fait œuvre plus qu’utile. Et il aurait pu aussi demander au Premier ministre si ce dernier était disposé à faire une visite dans l’univers carcéral, accompagné de parlementaires de son gouvernement et de l’opposition. Ils auraient constaté de visu comment sont traités ceux qui fautent.
Bien entendu, les criminels, les violeurs, les toxicomanes, qui n’ont d’ailleurs pas leur place en prison, mais dans des centres de réhabilitation, paient leurs dettes entre quatre murs. Et ce sont les contribuables qui paient pour leur traitement derrière les barreaux. Comment sont-ils traités ? Que mangent-ils, et à quel rythme ? Nos prisons ne sont pas comme celles d’Israël, où la torture est omniprésente, mais il y a toujours room for improvement dans la façon dont nous traitons nos détenus.
Imaginez maintenant le désarroi des quatre familles de ces décédés, quand ils voient que les parlementaires ne semblent guère s’intéresser à leur sort. Bernadette Perrine, la mère de Jeff Perrine, a même lancé un appel au Premier ministre, mais sa cellule de communication, forte de 16 personnes, ne croit pas qu’il est nécessaire pour le Premier ministre de faire une descente dans les prisons, qui tombent sous sa responsabilité. Soit, tous ces conseillers ont peur de le lui dire, soit eux aussi ne savent pas pourquoi ils ont été recrutés ?
Toujours est-il qu’il importe de se poser des questions. Car, selon la liste compilée par Lalit et l’avocat Jean-Claude Bibi, ils ont été plus de 150 personnes à trouver la mort en cellule policière, ou en prison. Et si après la mort de Joseph Reginald Topize, on s’était dit « Plus jamais ça ! », malheureusement, les cellules deviennent toujours des linceuls. Ce n’est pas normal. Et ce n’est pas humain. Me Satyajit Boolell a pris en main l’enquête sur la mort de Jeff Perrine. Une chose est sûre : La vérité ne doit pas être emprisonnée. Les barreaux ne doivent pas arrêter sa quête !