Logement social : hausse du budget, mais silence sur le foncier

Chantier

Réunis en séminaire par le préfet, les acteurs de l’habitat social ont pris acte d’une rallonge budgétaire et du lancement d’un appel à projets innovants. Si la méthode affiche une volonté de rupture face au renchérissement des coûts de construction, la grille de lecture institutionnelle passe sous silence le principal obstacle de la filière : la disponibilité et le coût de la ressource foncière.

Mercredi 19 août à Saint-Denis, l’État a déployé son grand angle sur le dossier du logement aidé. Devant les bailleurs, les collectivités et les professionnels du BTP, la préfecture a détaillé sa trajectoire opérationnelle. La notification d’un redressement des autorisations d’engagement de la Ligne Budgétaire Unique, portées à 43,4 millions d’euros, devait servir de signal fort. Dans un secteur éprouvé par le renchérissement des intrants, les goulets d’étranglement logistiques et le coût du fret, cette revalorisation vise avant tout à neutraliser les effets de l’inflation sur les bilans d’opérations, sans garantir pour autant un saut quantitatif des mises en chantier.

Pour desserrer l’étau, les services de l’État font le pari de l’expérimentation. L’appel à projets « Habitats innovants et durables », programmé pour la rentrée, entend faire émerger des modes constructifs alternatifs, mobiliser les matériaux biosourcés et diversifier les modes de financement, notamment par l’apport de capitaux privés. Cette démarche d’incitation transfère une part de l’initiative opérationnelle aux opérateurs et aux concepteurs. Le calendrier prévisionnel, qui fixe l’attribution des marchés au deuxième trimestre 2027, s’inscrit dans le temps long de la fabrique urbaine, décalant l’impact effectif sur l’offre locative à l’horizon 2028.

L’analyse du dispositif révèle toutefois une omission structurante. La gouvernance du foncier qui demeure absente de la feuille de route. Dans un territoire contraint par la topographie, la protection des espaces naturels et les exigences de sobriété foncière du Zero Artificialisation Nette, la faisabilité technique et financière des programmes reste subordonnée à la viabilisation des parcelles et à l’arbitrage des documents d’urbanisme locaux. L’absence de cadrage sur les mécanismes d’acquisition et de portage public du foncier constitue le principal point de fragilité d’un modèle en quête de renouvellement.

Par Jean Fauconnet – Le 21/08/2026