Nadège Blas, privée d’emploi après avoir trop bien défendu… les emplois

C’est l’histoire d’un grand écart managérial dont l’administration a le secret. Prenez une agente contractuelle, employée par la Région Réunion depuis près de sept ans. Donnez-lui un passif professionnel irréprochable, d’abord au lycée Paul Moreau de Bras-Panon de 2017 à 2022, puis au CREPS de Saint-Denis de 2024 à 2026. Ajoutez-y un supérieur hiérarchique tellement conquis qu’il écrit directement à la Présidente de Région pour chanter ses louanges. Secouez le tout, et vous obtiendrez… un contrat non renouvelé.
Bienvenue dans la situation kafkaïenne de Madame Nadège Blas, dont le syndicat FSU Territoriale réclame aujourd’hui, avec une insistance bien légitime, les clés de compréhension.
Un plébiscite hiérarchique
Dans le monde merveilleux de l’emploi contractuel, on nous explique souvent que la performance et le sérieux sont les clés de la pérennité. Pour Nadège Blas, le sérieux ne manquait pourtant pas. Son responsable direct a formellement souligné son « implication quotidienne », son « professionnalisme » et lui a accordé « la plus grande confiance ». Mieux encore, les besoins du service qui justifiaient sa présence sont toujours bien réels.
La suite de l’histoire confine au comique de répétition de l’appareil administratif :
- Des bruits de couloirs plus que concordants lui assuraient que tout était en bonne voie.
- Les ressources humaines étaient, paraît-il, en train de finaliser la notification de renouvellement.
- Et finalement ? Rien. Douche froide. Le dossier semble s’être égaré dans les méandres des circuits décisionnels.
Face à cette situation, l’agente n’a pas tardé à réagir en adressant un recours gracieux à la Présidente de Région pour demander un réexamen de son dossier.
Le syndrome de l’arroseur arrosé ?
Là où le dossier prend une tournure particulièrement ironique, c’est que Nadège Blas n’est pas qu’une ombre dans les couloirs du CREPS. Elle est également conseillère municipale à Bras-Panon et une figure active de la démocratie locale. À ce titre, elle s’est affichée au premier rang des mobilisations devant la Préfecture pour défendre… le maintien des contrats PEC et la lutte contre la précarité.
La voir aujourd’hui privée d’emploi relève d’un cynisme presque poétique. Est-il possible qu’en politique, l’engagement contre la précarité soit un luxe que l’on ne tolère que chez les autres ? La FSU Territoriale, prudente, se garde bien de surinterpréter et rappelle fort opportunément l’article L.131-1 du Code général de la fonction publique, qui interdit (en théorie) de discriminer un agent selon ses opinions politiques ou son mandat.
Des paroles aux actes, il y a un océan
Le syndicat ne préjuge de rien, mais exige des explications claires. Car au-delà du cas de Mme Blas, c’est toute la rhétorique sur la « lutte contre la précarité » qui prend un sérieux coup dans l’aile. Si les grands discours politiques ne se traduisent pas par une reconnaissance concrète des agents dévoués après sept ans de bons et loyaux services, à quoi bon faire de belles promesses ?
Le dossier (composé des lettres de recommandation et du recours gracieux) est désormais sur la place publique. La balle est dans le camp de la Région. Reste à savoir si la collectivité saura faire preuve d’autant de logique que sa hiérarchie intermédiaire, ou s’il faudra acter que l’absurde est définitivement devenu un mode de gestion.
Auteur : JeF