Perpétuité pour les prédateurs d’enfants récidivistes, une première étape franchie

Après un premier rejet vendredi dernier, l’Assemblée nationale s’est ressaisie ce mardi 21 avril en réintroduisant la réclusion criminelle à perpétuité pour les récidivistes et prédateurs en série sur mineurs. Une décision d’une force morale indispensable face à l’ampleur d’un drame national qui brise 160 000 vies d’enfants chaque année.
Un deuxième vote
Il aura fallu une seconde délibération pour rectifier ce qui s’apparentait à une faute politique majeure. Vendredi 17 juillet, profitant d’un hémicycle déserté, l’article clé du projet de loi relatif à la protection des enfants avait été rejeté. Le motif invoqué ? Une prétendue fuite en avant répressive. Mais le sursaut de mardi dernier, concrétisé par un vote sans appel de 258 voix contre 84, est venu remettre les priorités à leur juste place.
En portant la peine maximale de 20 ans de prison à la réclusion criminelle à perpétuité pour les viols en série commis sur des enfants de moins de 15 ans, la représentation nationale envoie enfin un signal clair : la société française choisit la protection absolue de ses enfants avant toute considération doctrinale du traitement des criminels.
L’imprescriptible devoir de réponse face à la tragédie
La réalité des chiffres doit sortir les esprits des abstractions théoriques. Selon les bilans de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), chaque année en France, 160 000 mineurs subissent des violences sexuelles. C’est un enfant qui bascule dans l’horreur toutes les trois minutes. Face à ce tableau effrayant, perpétuer des plafonds de peines obsolètes équivalait à une forme d’aveuglement.
L’affaire Lyhanna, ce drame effroyable d’une collégienne enlevée et tuée par un prédateur déjà visé par une plainte classée dans les méandres administratifs, est venue rappeler jusqu’à la nausée le prix de nos impuissances. Face à des profils sériels, prédateurs froids, la neutralisation définitive n’est pas une option idéologique : c’est un impératif de salubrité publique et de protection.
Mettre fin au sentiment d’impunité
Pendant trop longtemps, le débat pénal s’est enlisé dans une forme d’inversion des priorités où la crainte du « surdimensionnement des peines » l’emportait sur la douleur des victimes. Les opposants à la mesure avancent que le vrai problème réside dans les 97 % d’agresseurs qui échappent aux condamnations. Pourtant, opposer l’efficacité des enquêtes à la sévérité des peines est une faute logique. La justice a besoin des deux.
Comment exiger des victimes qu’elles brisent le silence si la promesse de la société se limite à des peines d’affichage dont les aménagements garantissent la sortie précoce de prédateurs dangereux ? Inscrire la perpétuité dans la loi, c’est restaurer la confiance dans l’institution judiciaire. C’est affirmer haut et fort que la vie et l’innocence d’un enfant n’ont pas de prix, et que quiconque décide de les détruire de façon répétée s’exclut définitivement du pacte social.
Une étape décisive vers le Sénat
Certes, le combat législatif n’est pas achevé et le texte doit désormais être soumis au Sénat. Mais le premier verrou a sauté. L’Assemblée nationale a posé un acte de courage et de clarté morale qu’il faut saluer.
Il appartient désormais aux sénateurs de confirmer ce choix indispensable. Les arguties juridiques et les postures de principes ne sauraient plus l’emporter sur le droit le plus élémentaire de tous : celui des enfants à grandir protégés des monstres.
Par Jean Fauconnet – Le 23/07/2026