« Privilège zorèy » : les signataires précisent leur combat et ciblent le système

Conférence suite tribune

Réunis en conférence de presse ce jeudi, plusieurs signataires de la tribune « Nommer le privilège zorèy » ont clarifié leur démarche. Loin d’une attaque ciblée contre les individus, le collectif pointe du doigt un système structurellement inégalitaire et appelle à un éveil des consciences locales.

Un combat contre un système, pas contre des individus

C’est le point central que les intervenants ont tenu à rappeler : la démarche ne relève pas d’une animosité envers la communauté zorèy en tant que personnes, mais bien d’une critique d’un « système zorèy ». Une nuance capitale pour les porteurs du texte, qui dénoncent des mécanismes institutionnels et économiques invisibles pour ceux qui en bénéficient, mais cruellement ressentis par une large partie des Réunionnaises et des Réunionnais.

Parmi les témoignages, d’anciens fonctionnaires, enseignants, ont relayé une frustration grandissante. À compétences et diplômes égaux, le constat partagé reste le même : l’accès aux postes à responsabilité semble trop souvent verrouillé par un « plafond de verre ».

Fracture linguistique et culturelle

La question identitaire et éducative est également préoccupante. Les signataires s’inquiètent de voir la jeunesse réunionnaise se couper de ses racines : des marmailles qui parlent de moins en moins le créole et une histoire locale qui demeure trop souvent absente ou survolée dans les programmes scolaires.

Pour illustrer cette déconnexion culturelle, l’un des signataires a convoqué les mots du cinéaste africain Ousmane Sembène :

« Une population qui ne produit pas les images qu’elle consomme est une population aliénée. »

Cette aliénation se traduirait également sur le marché de l’emploi, où la langue devient un frein. Les intervenants ont dénoncé un racisme systémique et des biais de recrutement persistants, affirmant que le simple fait de s’exprimer avec un accent local prononcé — même en français — est encore perçu négativement par les recruteurs. Certains signataires n’ont pas hésité à employer des termes forts, évoquant le risque d’un « génocide par substitution » ou par remplacement.

Le verrou

Sur le plan politique, le collectif pointe également le cadre juridique actuel, et plus particulièrement l’amendement Virapoullé, jugé comme un obstacle majeur à la réappropriation de l’île par son peuple. La possibilité d’instaurer une discrimination positive ou une « préférence régionale » à l’embauche, à laquelle l’État français s’oppose férocement, parait ne pas être une solution efficace car contournable.

Face à ce constat, l’appel à l’action se veut direct : les Réunionnais doivent cesser d’être des « moutons » pour devenir les « bergers » de leur propre destin.

Rendez-vous le 5 juillet

Le mouvement ne compte pas en rester au stade du constat écrit. Les signataires ont annoncé leur intention d’aller à la rencontre de l’ensemble des élus de l’île pour les mettre face à leurs responsabilités.

De plus, un temps d’échange avec le public est d’ores et déjà programmé le 5 juillet prochain dans l’Ouest de l’île, afin de poursuivre le débat qui demande de l’écoute, de la compréhension, et le partage des points de vue afin d’avancer ensemble.

JeF