Tanika ambitionne de « révolutionner » le stockage d’énergie

À Saint-Denis, sur les hauteurs de La Montagne, un projet énergétique présenté comme une rupture technologique majeure pourrait voir le jour. Baptisé Tanika, il s’agit d’une Station de Transfert d’Énergie par Pompage (STEP) marine. Sous ce nom très futuriste se cache en réalité le concept ultra-novateur… du barrage hydroélectrique. Mais attention, une version jamais déployée en France ni en Europe utilisant l’eau de mer, ce qui change évidemment tout.
Porté par la filiale Hydro Tanika, rattachée au groupe EDF, le projet s’inscrit dans la stratégie de transition énergétique de l’île. L’objectif est de permettre une meilleure intégration des énergies renouvelables, notamment le solaire, tout en garantissant une production disponible en continu, y compris en soirée. Une idée lumineuse, celle de stocker l’énergie quand il y en a trop pour l’utiliser quand il n’y en a pas assez.
Une “batterie géante” (ou un vieux concept à l’eau salée)
Le principe de cette « révolution » repose sur un système d’une grande simplicité : deux réservoirs situés à des altitudes différentes.
La grande disruption du projet Tanika ? L’océan Indien joue le rôle de réservoir inférieur. Contrairement aux barrages de montagne classiques qui attendent bêtement que la pluie tombe, ici, on utilise le surplus d’électricité pour pomper l’eau de mer et la monter dans un bassin en altitude. Ensuite, on ouvre les vannes, l’eau redescend, fait tourner une turbine, et crée du courant.
Un projet stratégique
Avec une puissance estimée à 50 MW et une capacité de production pouvant couvrir jusqu’à 8 heures d’énergie continue, cette technologie centenaire adaptée à l’eau de mer représente un levier important pour l’île, pouvant alimenter l’équivalent de près de 100 000 habitants.
Le projet se distingue également par son caractère entièrement souterrain. Pour éviter de gâcher le paysage entre la Route du Littoral et le plateau de La Montagne, on cache donc toute cette tuyauterie sous terre. Loin des yeux, le vieux barrage s’efface pour un réservoir moderne et invisible.
Une infrastructure durable et (très) traditionnelle
Au-delà de son vernis marketing, Tanika met en avant des bénéfices structurels éprouvés. La STEP est conçue pour offrir une longue durée de vie, ce qui n’est guère surprenant pour de la plomberie et du béton, des technologies dont EDF maîtrise la durabilité depuis l’après-guerre.
Le projet revendique fièrement une dépendance réduite aux matériaux rares, puisqu’il fonctionne uniquement avec de l’eau de mer, une ressource locale effectivement difficile à délocaliser. Le chantier prévoit également de créer jusqu’à 450 emplois au pic de l’activité, ce qui n’est pas rien dans cette période économiquement difficile.
Un calendrier à la vitesse de l’eau qui monte
Le développement de cette révolution technologique prendra son temps. Après les phases d’études techniques engagées entre 2025 et 2026, la phase de concertation qui s’ouvre avec la population en 2026, le chantier s’étendra de 2028 à 2033. Il aura donc fallu près d’une décennie pour avancer.
Pour ses promoteurs, Tanika représente une brique essentielle de la transition énergétique réunionnaise. En réussissant à packager le concept du moulin à eau sous l’appellation de « STEP marine connectée », le projet démontre une véritable innovation… marketing. Soutenu par l’expertise d’EDF, Tanika prouve que pour inventer le futur de l’énergie, il suffit parfois de regarder ce que l’on faisait déjà (presque pareil) au siècle dernier.
JeF