De la tribune au scrutin, le racisme comme outil électoral

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Alors que la Coupe du Monde 2026 s’apprête à livrer son verdict final, la compétition est une fois de plus gâchée par une nauséabonde musique de fond. De la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla visant Kylian Mbappé aux provocations décomplexées de l’ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy affirmant que les Bleus disposent d’un effectif « sans Français », l’équipe de France est devenue la cible privilégiée d’un racisme globalisée. Ces attaques, loin d’être des incidents isolés, illustrent la radicalisation d’un débat public où rejeter l’autre est devenu un outil marketing au service de calculs électoraux.

Quand les politiques entrent dans l’arène de la haine

Pendant longtemps, les propos racistes visant les sportifs de couleur étaient le fait d’internautes anonymes dissimulés derrière un écran, ou de groupes de supporters ultras dans des tribunes marginalisées. Ce temps-là est révolu. Aujourd’hui, ce sont des figures politiques de premier plan qui s’emparent de ces thématiques pour alimenter la polémique.

Lorsque Mariano Rajoy publie une tribune dans les colonnes d’un média espagnol pour contester la francité des joueurs tricolores, il ne s’agit pas d’un simple dérapage. C’est un acte politique délibéré. Même constat outre-Atlantique, où la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla s’est fendue d’insultes abjectes à l’encontre de Kylian Mbappé. En s’attaquant à l’équipe de France, véritable symbole de la diversité, ces dirigeants ciblent consciemment des icônes populaires mondiales pour forcer le trait, saturer l’espace médiatique et imposer leur propre agenda idéologique.

Le grand glissement

Pour comprendre comment de telles déclarations ont pu être banalisées à des niveaux de l’État aussi élevés, il faut observer le déplacement progressif de la « fenêtre d’Overton », ce cadre conceptuel définissant ce qui est acceptable d’exprimer dans le débat public.

Ce que nous vivons n’est pas simplement une poussée organique du racisme, mais une radicalisation stratégique de l’offre électorale. Pour contrer la montée des courants nationalistes les plus durs, de nombreux responsables politiques dits traditionnels ont fait le choix de reprendre à leur compte la rhétorique, les obsessions et les concepts de l’extrême droite. C’est la stratégie classique, dangereuse, de la triangulation : singer le discours xénophobe dans l’espoir, souvent illusoire, de récupérer ses électeurs.

En agissant ainsi, ces dirigeants légitiment des préjugés autrefois refoulés, les transformant en sujets de débat légitimes. La haine de l’autre n’est plus un tabou moral ; elle est devenue un levier électoraliste car il est bien plus simple d’agiter des colères identitaires ou de créer des boucs émissaires que d’apporter des réponses aux crises économiques et sociales actuelles.

Jouer avec le feu

Ces apprentis sorciers feignent souvent d’ignorer les avertissements des sciences sociales. Pourtant, l’histoire et la sociologie s’accordent sur un point : l’altérisation et le rejet systématique de l’autre ne s’arrêtent jamais aux portes des urnes ou des stades de football.

En réduisant des individus à leur couleur de peau ou à leurs origines, ces discours opèrent un processus de déshumanisation silencieuse. À force de répéter que certaines catégories de citoyens représentent un « danger » ou une « anomalie » au sein de leur nation, on érode l’empathie commune indispensable au fonctionnement démocratique. Le passage à l’acte violent, qu’il s’agisse de cyberharcèlement sauvage en ligne ou d’agressions physiques bien réelles dans l’espace public, finit par être perçu par ses auteurs comme une forme d’auto-défense légitime.

Ceux qui soufflent sur les braises de la division sociale pour grappiller quelques points dans les sondages jouent à un jeu dangereux, très dangereux. On ne contrôle pas la haine populaire une fois qu’on l’a libérée de sa boîte de Pandore.

La racisme ne doit pas gagner

Si ce Mondial 2026 confirme cette dérive, il montre également que le temps de la soumission silencieuse est révolu. Face à l’abjection, la réplique institutionnelle et citoyenne s’organise. La Fédération Française de Football (FFF) a immédiatement réagi en portant plainte devant le parquet après les attaques de la sénatrice paraguayenne, rappelant avec force que « les joueurs de l’équipe de France représentent la France, et que c’est notre pays qui est insulté ». De son côté, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a fermement condamné les propos de son prédécesseur Mariano Rajoy, lançant sur ses réseaux sociaux : « Que le meilleur gagne et que le racisme perde ».

Surtout, les joueurs eux-mêmes n’hésitent plus à prendre la parole pour dénoncer le harcèlement systémique qu’ils subissent en ligne. Le football, par la voix de ses acteurs les plus prestigieux, refuse d’être le paillasson sur lequel les dérives politiques de notre époque viennent s’essuyer.

Il est temps de comprendre que la défense de nos joueurs de football ne relève pas de la simple chronique sportive. C’est un combat éminemment politique. La cohésion d’un pays ne se mesure pas au nom de famille ou à la couleur de peau de ceux qui le représentent, mais à leur attachement commun et à leur volonté d’y contribuer. La libération des discours identitaires nationalistes ne traduit pas seulement une dérive, mais un glissement électoraliste qui menace la cohésion de nos sociétés et contribue à normaliser les discours fascisants.

Par Jean Fauconnet – Le 16/07/2026

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Jean Fauconnet

« Choisir de ne pas savoir, c'est déjà obéir. » Fidèle à cette devise, Jean Fauconnet est tourné vers journalisme d'impact, celui qui percute la réalité. Journaliste professionnel titulaire de la carte de presse.