À Mayotte, un préfet en mode gouverneur

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Autorité préfectorale démesurée, services publics instrumentalisés et droits fondamentaux fragilisés : la situation administrative à Mayotte franchit un cap critique. La Ligue des droits de l’Homme à La Réunion réagit au récents constats de Mediapart et pointe une dérive autoritaire qui fracture l’égalité républicaine et ravive un fonctionnement institutionnel d’un autre âge.

Le communiqué :

L’article de Mediapart décrit la mise en place, à Mayotte, d’un régime administratif profondément dérogatoire. Jusqu’au 31 décembre 2030, le préfet pourra diriger non seulement les services déconcentrés de l’État, mais aussi une vingtaine d’établissements publics jusque-là rattachés à leurs ministères de tutelle, parmi lesquels l’ARS, France Travail, Météo-France, l’OFB, l’Ademe ou encore l’Ofpra. Cette concentration exceptionnelle des pouvoirs est officiellement justifiée par la reconstruction du territoire après le cyclone Chido, mais elle fait craindre une subordination de la santé, de l’environnement et de l’action sociale aux priorités sécuritaires et migratoires du ministère de l’Intérieur.

Cette situation révèle une profonde inégalité territoriale. Les habitants de Mayotte ne semblent pas bénéficier des mêmes garanties institutionnelles que ceux des autres départements français. L’article évoque notamment la destruction administrative de centaines d’habitations, la restriction de l’accès à l’eau dans certains quartiers précaires ou encore les pressions exercées sur des services publics et des journalistes. Les populations les plus vulnérables, particulièrement les personnes étrangères ou vivant dans les quartiers informels, sont les premières exposées à cette politique d’exception.

Dès lors, le principe d’une République « indivisible » et garantissant l’égalité devant la loi paraît sérieusement mis à l’épreuve. L’indivisibilité n’interdit certes pas toute adaptation aux réalités locales, mais l’accumulation de règles dérogatoires donne ici l’image d’une République à géométrie variable : protectrice et encadrée par des contre-pouvoirs dans certains territoires, beaucoup plus autoritaire dans d’autres. À Mayotte, l’État semble ainsi affirmer avec force son autorité tout en accordant moins de place à l’égalité des droits, à l’autonomie des services publics et aux garanties démocratiques. Le rapprochement avec la figure historique du gouverneur souligne enfin combien cette organisation ravive un imaginaire colonial difficilement compatible avec la promesse républicaine d’égalité.

La Ligue des droits de l’Homme à La Réunion

Par La Rédaction – Le 20/08/2026

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