Equal Earth, l’ONU adopte une nouvelle carte du monde
Corriger 450 ans de déformations
Le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la projection cartographique Equal Earth à une écrasante majorité. Portée par le Togo et l’Union africaine, cette décision historique met fin à des siècles de suprématie de la carte de Mercator. En restituant à l’Afrique et aux pays du Sud leur superficie réelle, l’ONU accomplit un acte d’émancipation politique et démantèle l’un des outils visuels les plus tenaces de l’héritage colonial et de l’eurocentrisme.
La fin d’un mensonge cartographique
Pendant plus de quatre siècles, nos représentations du monde ont été déformées par le prisme de l’Europe maritime. Conçue en 1569 par le géographe flamand Gerardus Mercator, la carte éponyme répondait à un besoin purement technique permettant aux navires de tracer des routes à cap constant. Mais pour préserver les angles et le cap de navigation, la projection de Mercator a sacrifié la réalité des surfaces, étirant de manière disproportionnée les territoires proches des pôles au détriment des zones équatoriales.
Le résultat de ce biais géométrique a façonné l’inconscient collectif de générations d’élèves : sur la carte de Mercator, le Groenland apparaît aussi vaste que l’ensemble du continent africain. En réalité, l’Afrique est 14 fois plus grande. De même, l’Europe et l’Amérique du Nord y apparaissent hypertrophiées, reléguant le Sud à une forme de minimisation symbolique et visuelle.
Avec la campagne Correct the Map, portée avec ferveur par le Togo et soutenue par l’Union africaine, le continent africain a demandé la fin de cette injustice pédagogique et géopolitique.
Né de l’expansion coloniale
Au-delà de ses origines maritimes, la carte de Mercator est rapidement devenue un puissant vecteur de domination culturelle. Utilisée comme outil d’exploration puis de conquête par les puissances coloniales européennes (Royaume-Uni, France, Espagne, Portugal, Pays-Bas), elle a imposé une vision hiérarchisée de la planète dans les écoles de la métropole comme dans celles des colonies.
En surdimensionnant l’Europe et l’Amérique du Nord et en reléguant le continent africain ou l’Amérique du Sud à une taille anormalement réduite, la cartographie coloniale a instillé l’idée sous-jacente d’une centralité et d’une supériorité naturelle du Nord sur le Sud. Conserver cette représentation comme étalon universel revenait à pérenniser un imaginaire colonial inconscient où le Sud restait marginalisé.

Equal Earth, au service de la justice
La résolution adoptée par l’ONU recommande désormais l’usage généralisé de la projection Equal Earth. Créée en 2018 par les cartographes Tom Patterson, Bernhard Jenny et Bojan Šavrič, cette carte offre une représentation équivalente : chaque km² sur le papier correspond exactement à la même proportion de terrain réel.
Grâce à Equal Earth, l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud retrouvent leur majesté territoriale réelle. Si la cartographie plane d’une sphère implique toujours de légères déformations de forme aux extrémités, Equal Earth réussit à préserver une esthétique harmonieuse tout en respectant scrupuleusement la taille relative des nations.
Un isolement américain
Le vote à l’Assemblée générale de l’ONU a témoigné d’une prise de conscience mondiale. Avec 164 voix pour, le texte a rassemblé un soutien transcontinental massif. La très grande majorité des nations occidentales et européennes, à l’image de la France qui a salué un « geste de vérité », ont soutenu l’initiative.
Seuls six pays se sont abstenus, et un seul État membre s’est opposé de manière frontale au texte : les États-Unis. En refusant de cautionner ce nouvel étalon mondial, la diplomatie américaine a illustré une réticence à abandonner un symbole fort de la domination culturelle occidentale.
Changer de regard
L’adoption d’Equal Earth ouvre également la voie à une déconstruction plus profonde de nos habitudes visuelles. L’espace astronomique ne connaissant ni haut, ni bas, ni Nord, ni Sud, le choix d’orienter systématiquement le Nord en haut de nos cartes relève uniquement d’une convention historique occidentale liée à la boussole et à l’Étoile polaire.
Rien n’empêche désormais d’imprimer ou d’enseigner la carte Equal Earth inversée, le Sud en haut, ou recentrée sur l’océan Pacifique. En brisant l’encrage de la cartographie traditionnelle, l’ONU ne se contente pas de corriger des contours mais nous invite à réapprendre la géographie à travers un regard libéré des hiérarchies.
Par Jean Fauconnet – Le 08/09/2026

