Nommer le privilège zorèy pour construire l’égalité à La Réunion

TRIBUNE
Au-delà de la polémique actuelle, la tribune invite à interroger l’accès aux responsabilités, aux ressources, à la visibilité culturelle, au logement, à la parole publique et aux espaces de décision dans une société réunionnaise en pleine transformation.
Depuis plusieurs semaines, le débat autour du Maloya, de l’appropriation culturelle et des violences sur les réseaux sociaux traverse notre île avec une intensité rare.
Personne ne devrait subir l’acharnement, l’insulte ou la mise en danger pour ses prises de parole. Mais cette situation révèle aussi un malaise plus profond que beaucoup de Réunionnais.e.s expriment depuis longtemps, souvent sans être entendu.e.s.
Dans leur tribune de soutien à Marie Lanfroy, les signataires écrivent qu’« il y a des combats et des réflexions à mener », qu’il faut « ouvrir des dialogues sur des sujets pointus et décoloniaux » et que ces sujets doivent être « portés ensemble ». Nous prenons ces mots au sérieux.
Mais pour qu’il y ait véritablement dialogue, il ne suffit pas d’entendre. Il faut écouter ce que beaucoup de Réunionnais.e.s expriment depuis longtemps sur les rapports de domination et le privilège zorèy à La Réunion.
Car derrière cette polémique apparaît une question plus large : celle du privilège zorèy à La Réunion.
Nommer cette réalité ne revient pas à désigner des ennemis. Il s’agit de reconnaître des déséquilibres historiques encore présents dans l’accès à la parole, aux responsabilités, aux ressources et à la visibilité.
De la même manière que les luttes féministes ont appris à distinguer les hommes des structures patriarcales, il faut distinguer les individus des rapports sociaux qui leur donnent parfois, sans qu’ils l’aient choisi, un avantage dans l’accès aux postes, aux réseaux, à la parole publique ou à la reconnaissance.
Les études décoloniales parlent de colonialité du pouvoir pour désigner la persistance, après la colonisation, de hiérarchies culturelles, économiques, raciales et symboliques héritées de cette histoire.
À La Réunion, cela se traduit de manière concrète dans l’accès aux postes de responsabilité, dans la maîtrise des codes administratifs, dans la capacité à obtenir des financements, à occuper certains espaces de décision, à être reconnu comme légitime dans les médias, les institutions, la culture ou l’économie.
Certaines trajectoires bénéficient encore d’une présomption de compétence, de neutralité et d’universalité que d’autres doivent constamment prouver.
Certains accents, certains réseaux, certains diplômes et certaines manières d’habiter les espaces de pouvoir ouvrent plus facilement les portes de la réussite.
Dans le même temps, beaucoup de Réunionnais.e.s ont le sentiment d’être progressivement éloigné.e.s de leur propre territoire. Le prix du foncier et de l’immobilier rend l’accès au logement toujours plus difficile pour les familles Réunionnaises. La gentrification transforme certains quartiers et modifie profondément les équilibres sociaux, culturels et symboliques de l’île.
Beaucoup de familles Réunionnaises portent la mémoire des départs organisés vers la France, souvent présentés comme une nécessité économique ou sociale. Le cas des enseignant.e.s Réunionnais.e.s poussés vers l’extérieur est un des aspects de cette migration contrainte.
Cette histoire éclaire le sentiment actuel de déclassement ressenti par une partie de la population lorsque des Réunionnais.e.s peinent à se loger, à accéder aux responsabilités, ou à rester vivre dignement sur leur propre territoire. La non nomination d’un zorèy comme directeur du PRMA en 2025 est un exemple parmi des milliers d’autres.
Oui, les cultures circulent, se rencontrent et se transforment. Mais les échanges culturels s’inscrivent toujours dans une histoire et dans des rapports de pouvoir.
La question devient alors simple :
Kisa i koz ? Kisa i désid ? Kisa i finans ? Kisa lé vizib ? Kisa lé invizib ? Kisa i pé viv èk son Kiltir ?
Et qui reste relégué aux marges pendant que d’autres deviennent les visages légitimes et médiatiques de traditions qu’ils n’ont pas portées historiquement ?
Des figures majeures de la culture Réunionnaise, comme Danyèl Waro, ont elles-mêmes appelé les zorèy à interroger leur place et leurs privilèges. Cette parole mérite d’être entendue comme une invitation à la responsabilité, pas comme une condamnation.
Les zorèy doivent donc prendre leur part dans ce débat, afin de construire un dialogue honnête et une égalité réelle dans notre île.
La Réunion mérite un débat adulte, serein et lucide sur ces questions. Un débat où chacun peut parler d’exil, de logement, de travail, de culture, de transmission, de représentation et de pouvoir sans être immédiatement disqualifié.
Nommer le privilège zorèy revient à ouvrir une réflexion collective sur le partage réel des ressources, des responsabilités et de la parole à La Réunion. C’est à cette condition que le dialogue pourra dépasser les postures, les blessures et les procès d’intention, pour devenir enfin un outil d’égalité.
An byin minm
Tribune signée par plus de 150 artistes et personnalités de La Réunion (et d’ailleurs).
Liste des signataires Tribune « Privilège Zorèy »,
Gael Velleyen, Françoise Vergès, Bruno Maillard, Dj Dan, Harendra, Avotcha, Loran Médéa, Méo, Younous Jonas, Tikok Vellaye, Fabrice Camilo, Bihel Ivoula, Sharl Sintomér, Didyé Maronaz, Valentin Chambon, Stéphane Grondin, Paul Mazaka, DJ Sanjiva, Laurent Pantaléon, Monique Séverin, Ludovic Babas, Brandon Gercara, Bihel Ivoula, Willy Kyle, Grand Farid, Alexandrine Araye, François Batisto, Climène Zarkan, Erick Murin, Pael Gigan, Jamy Pedro, Kaf Maron, Metka Zupancic, Mickael Gence (Collectif Nawak), Jimmy Cambona, Fabio Marouvin, Maryline Dijoux, Axel Sautron, Nadia Saint-Omer, James, Naomis Joseph, Florans Féliks Waro, Zavyé Rivière, Dovik Sinz Raskaf M’Doihoma, Lucas krishna Tétry-Rivière, Sophie Hoarau, Jawex (Métisondankér), Scylla Jelani, Jazz Sadiwhat, Eric Ismael (Komité Pangar), Jean Luc Damartin, Le Rougail Saucisse, Rasine Kaf, Teddy Pedro, Véli Fénwar, Thomas Nalem, Galé dolo, Maël, Anifa Cassim, Angélina Imira, , Vincent Caramante, Fayazer, Jean Michel Bègue, Olivier Ratane, Karma, Jean Marie Imira, Beurty Dubar, Vincent Pothin, Geno, Dassby, Oze, Guillaume Haribo, Mathieu Raffini, Léksik, Yann Passinay, Kristel Séraphin, Olivia Martin, Florent Turpin, Réo 1, Katy Singaïny, François Taïllamé, Guillaume Grondin, Richard Dijoux, Cathie Payet, Grand Farid, Philippe Bessière, Gotlo Fils, Jocelyn Fontaine, Kevin Amar Boojhowon, Ibrahim Moullan, Nikola Maloubar, Cédric Autal, Nathalie Poulot, Yves Thebault, Cati Réau, Fofan, Nico Esselin, Mathieu Tavernier, Farid Aubras, Méloman, Michèle Jacquemart, Martine Mamosa, Jean Yvonnick Hoarau, Arianne Virassamy Covindin, Graziella Camele, Guy Noel Grondin, Marylou Voice, Aliana Camele, Emmanuelle Grégoire, Christine Fontaine, Laurent Boucher Jhan, Nadia Joron, Kervin Govinden, Loretta
Valliamé, Margaux Alendroit, Basile Tibère, Natou Araboux, Yannick Achiaye, Dominique Thionville, Gilbert Lauret, Charlotte Thomas, Danielle Trajean, Olivia Silotia, Sandra Persée, Gregory Custos, Vincent Silotia,
Jérémy Tayé, Brice Turpin, Jeannick Gonthier, Patrice Clappier, Patrice Séraphine, Elodie Damy, Linda Mzé, Vanessa Damy, Alexandre Damy, Malika Atchama, Corinne Lejoyeux , Ingrid Bellanger, Line Lejoyeux, Samuel
Atchama, Eric Grondin, Giovanna Grondin, Samuel Tancourt, Admirah Herindrainy, Mickael Nativel, Jonathan Dijoux, Adrien Stéphan, Daniel Saint-Alme, Ben Réame, Richard Juillerot.





Pour moi, le Maloya peut être joué par tout le monde. La musique est universelle et le maloya doit vibrer partout, même si je n’ae pas forcément tous les styles connus actuellement.
Par ailleurs, si la réalité fait que certains groupes de Maloya arrangé par des personnes que n’a point notre culture puisse par exemple avoir plus de facilités à valoriser et d’exporter sa musique me semble pas juste. Je veux dire d’avoir plus de soutien financiers par nos institutions locales.
Cela peut être vécu comme une double blessure.
Parce qu’en réalité cela fait échos avec ce que nous vivons depuis toujours ici et dans beaucoup d’autres domaines. À savoir que le zoreil lé toujours mieux placé que nous reyonné que ce soit dans la sphère professionnelle et/ou sociale.
Il y a beaucoup de reunionnais qui souffrent encore de cette discrimination coloniale.
Elle se traduit en premier lieu par la langue, par l’inégalité au travail, par l’obligation d’attendre plus d’une vie avant de retourner travailler sur ton île natale dans le cas d’un fonctionnaire.
Trop de réseautages et arrangements se mettent en place pour offrir les postes les mieux placés aux personnes de l’extérieur. Beaucoup de personnes ont déjà vécu cette expérience.
Il faut tendre vers une égalité sociale pour préserver ce vivre ensemble. Et ces propos sont valables aussi pour nous reunionnais et les autres populations, dites primo arrivants, comme on le dit.
Mais ça c’est un autre débat.
La tribune parle de privilège zorèy (vérifiable dans tous les domaines) y a encore des retardés qui nous parle de Maloya 🤔.
La tribune est signée par des SOCIOLOGUES, ANTHROPOLOGUES , HISTORIENS mais ce petit commentaire anonyme veut contester 😂
Je soutiens totalement cette tribune : PRIVILÈGE ZORÈY. Merci à tous les signataires pour leur courage.
Je constate que nous ne sommes plus seuls à dénoncer ouvertement le néocolonialisme des réseaux de zoreys à La Réunion qui crée et alimente le PRIVILÉGE ZOREY.
Mais ce PRIVILÉGE ZOREY serait impossible sans la complicité active, passive et fézersanblan de la très grande majorité de nos élus soit-disant Réunionnais. Comme le démontre d’ailleurs les derniers faits au PRMA, Stella Matutina, la SPL Audio visuelle de la Région et autres.
Mais la présente tribune, le combat contre l’appropriation culturelle du maloya et le résultat des élections municipales à La Possession démontrent que les Réunionnais peuvent agir efficacement pour casser la complicité de nos élus Réunionnais avec les réseaux de colons zoreys, afin d’arrêter le PRIVILÈGE ZOREY à La Réunion.
Tyinbo largpa.
Enfin !
C’est vrai qu’il existe bèl et bien un privilège zoreils chez moi.. Pour les avoir côtoyé 32 ans à Paris, je peux confirmer que j’ai subi du racisme et de la discrimination. Arrivée enfin en mutation chez moi en 2019, j’ai pu constater que ces mêmes zoreils occupaient tous les postes de cadres et qu’ils continuaient à nous mépriser. Ce combat doit continuer, tant contre l’appropriation culturelle que la discrimination à l’embauche. Si nous n’y prenons garde, nous serons remplacés. Il est temps de changer la donne pour avoir des Élus conscientisés et actifs pour les rényonés d’abord. Arrêtez çà le privilège zoreils à La Réunion !