Services publics piratés, vos données dans la nature
Alors que les fuites de données personnelles s’enchaînent à un rythme alarmant à la DGFiP, à l’Éducation nationale et à France Travail, la réponse administrative frôle l’inconséquence. Derrière la foi aveugle dans le « tout-numérique », c’est une véritable rupture de confiance qui s’installe entre les citoyens et un État incapable de protéger leurs vies privées.
Près de 700 000 particuliers et entreprises victimes à la DGFiP, des millions de dossiers scolaires et de données d’agents exposés à l’Éducation nationale, sans compter les attaques répétées contre France Travail et les collectivités territoriales : en l’espace de quelques mois, la République numérique s’est transformée en une passoire béante.
Les autorités publiques tentent d’éteindre l’incendie à coups de communiqués et de promesses rassurantes. Les syndicats et les représentants des personnels dénoncent avec virulence une attitude qui dépasse la simple négligence pour confiner à l’irresponsabilité politique.
Lenteur, opacité et mépris des agents
Ce qui choque le plus dans ce dossier, c’est le décalage entre la réactivité des piratages et la lenteur de la réaction ministérielle. Il aura fallu attendre la mi-août pour que la DGFiP reconnaisse officiellement une intrusion identifiée dès le mois de juin. Du côté du ministère de l’Éducation nationale, après avoir juré au milieu de l’été que les données des élèves étaient hors de danger, l’administration a été contrainte d’effectuer un rétropédalage quelques semaines plus tard.
« La légèreté de l’administration confine à une forme d’irresponsabilité […] Les agentes et usager·es vont payer au prix fort l’inconséquence gouvernementale, c’est insupportable ! » Communiqué de la FSU
Pire encore, la transparence envers les victimes directes est quasi inexistante. Alors que la CNIL préconise une information individualisée et précise sur la nature des données dérobées, les agents de France Travail ont été laissés dans l’ignorance totale après l’attaque de juillet. À l’Éducation nationale, l’administration s’est contentée d’un courriel générique à la rentrée, tenant plus du tract de relations publiques que de la consigne de sécurité.
Le dogme du « tout-numérique »
Comment expliquer un tel fiasco ? Il ne s’agit pas d’un sursaut d’ardeur des cybercriminels, mais d’un choix politique délibéré. Depuis quinze ans, les gouvernements successifs prônent la dématérialisation systématique de la société, vantant les mérites des téléprocédures obligatoires pour fermer des guichets physiques et supprimer des postes.
Mais cette technophilie béate s’est faite au détriment le plus élémentaire de la sécurité des données. Du côté de la CGT Finances Publiques, on pointe du doigt la suppression de plus de 30 000 emplois à la DGFiP depuis 2008 et une dette technique colossale : les budgets alloués à la sécurisation des architectures informatiques ont été massacrés sur l’autel de la rentabilité immédiate.
La Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) dresse d’ailleurs un constat clair : la part des fuites de données issues du secteur public a doublé en deux ans, une dérive attribuable à un manque réel de moyens alloués aux systèmes d’information. En imposant des démarches 100 % numériques à des citoyens captifs — qui n’ont d’autre choix que d’entrer leurs informations fiscales, médicales ou scolaires sur ces plateformes —, l’État a créé un immense « pot de miel » centralisé pour les piratages, sans offrir les remparts adéquats.
Une relation de confiance brisée
Aujourd’hui, des millions d’informations personnelles naviguent sur le dark web, livrant personnels et usagers aux arnaques, usurpations d’identité et extorsions en tout genre. Devant ce constat dramatique, la question n’est plus seulement technique, elle est démocratique.
La confiance des citoyens envers leurs institutions ne pourra se restaurer par des discours auto-congratulateurs. Elle exige des actes d’urgence comme un frein sur la dématérialisation à marche forcée sans garantie sérieuse, le maintien de guichets humains, et des investissements massifs dans la sécurisation des données, l’information directe et la formation des personnels.
Face à la menace cyber, l’État ne peut plus se comporter en spectateur dépassé ou en gestionnaire négligent. Garantir la sécurité numérique de ses citoyens n’est pas une mesure d’ajustement budgétaire mais un devoir d’État et l’un des premiers tests de la crédibilité républicaine à l’ère moderne.
Par Jean Fauconnet – Le 24/08/2026

