Sécheresse à La Réunion, le milliard d’euros suffira-t-il ?

Alors que le Département et l’Office de l’eau se veulent rassurants derrière un plan hydraulique à près d’un milliard d’euros, la réalité ne se cache plus. Des bassins déjà à sec dans les Hauts, des nappes phréatiques sous tension et une sécheresse qui n’a plus rien d’un épisode exceptionnel. Face à cette nouvelle réalité, une question mérite d’être posée : la réponse est-elle encore adaptée au climat qui s’installe ?
Un milliard d’euros. C’est le chiffre retenu de la conférence de presse organisée ce mardi 4 août au siège de l’Office de l’eau. Face à la sécheresse la plus sévère enregistrée depuis plus de cinquante ans, le Département a présenté son Plan départemental de l’eau (PDEAH). Au menu, deux projets structurants, MEREN (465 M€) et PRODEO (510 M€), censés garantir l’approvisionnement de l’île pour les décennies à venir.
L’ambition est réelle. Les investissements aussi. Mais peut-on encore répondre aux effets du changement climatique avec une logique essentiellement fondée sur le captage, le stockage et le transfert de l’eau ?
Des ouvrages… mais pour stocker quoi ?
Depuis les années 1970, La Réunion s’est appuyée sur une réussite technique incontestable avec le transfert de l’eau depuis l’Est vers l’Ouest. Ce choix a accompagné le développement agricole et urbain de l’île. Personne ne remet cela en cause.
En revanche, le contexte a changé. Aujourd’hui, plusieurs retenues collinaires des Hauts sont déjà quasiment vides. Non pas parce qu’elles sont mal conçues, mais parce que la pluie n’est plus au rendez-vous.
Un barrage, une retenue ou une canalisation ne produisent pas d’eau. Ils ne font que déplacer ou stocker une ressource qui devient, année après année, plus incertaine.
Multiplier les ouvrages ne résoudra pas, à lui seul, une sécheresse qui pourrait devenir structurelle.
Le risque dont on parle peu
À mesure que les eaux de surface se raréfient, une autre ressource devient indispensable, les nappes phréatiques. Mais là encore, la marge de manœuvre n’est pas infinie.
Sur une île, pomper toujours davantage dans les nappes expose à un phénomène bien connu des hydrogéologues : le biseau salé. Lorsque la pression de l’eau douce diminue, l’eau de mer progresse dans les aquifères jusqu’à les rendre impropres à la consommation.
Autrement dit, vouloir compenser le manque de pluie en sollicitant davantage les nappes pourrait fragiliser durablement la dernière réserve stratégique de l’île. Ce risque est bien réel. Pourtant, il reste largement absent du débat public.
Le vrai chantier est peut-être ailleurs
Le projet MEREN prévoit enfin de développer la réutilisation des eaux usées traitées. C’est probablement l’un des volets les plus prometteurs du plan. Parce qu’à la différence de la pluie, les eaux usées constituent une ressource relativement constante.
Mais la question est plus large. Pendant que les collectivités annoncent des centaines de millions d’euros d’investissements, des volumes considérables d’eau potable continuent de disparaître dans des réseaux vieillissants. Chaque litre perdu est un litre qu’il faudra aller chercher ailleurs.
C’est peut-être là que se situe le véritable changement de paradigme.
Continuer à construire des ouvrages sera nécessaire. Mais cela ne suffira pas si, dans le même temps, les fuites persistent, les usages évoluent peu et la ressource continue de diminuer. Le risque est de croire que la technique pourra, à elle seule, compenser les limites imposées par le climat.
Or le changement climatique ne négocie pas avec les calendriers politiques, ni avec les plans d’investissement. Il impose déjà ses propres règles. La question n’est donc plus seulement de savoir comment capter davantage d’eau. Elle est de savoir comment vivre durablement avec moins.
Par Jean Fauconnet – Le 06/08/2026




