L’affaire PRMA Réunion, Épisode 1 : les financements publics culturels servent-ils des intérêts privés ?

La récente polémique à propos de l’appropriation culturelle du maloya met en lumière un profond malaise dans le paysage musical réunionnais. Il ne s’agit pas d’un problème concernant un groupe ou une personne comme semble le promouvoir certains médias mais d’une réelle problématique structurelle et systémique ravivant les blessures coloniales. Comment Le PRMA (Pôle Régional des Musiques Actuelles), une association loi 1901 créée en 1997 dont l’objet est de « soutenir par divers moyens et dispositifs d’aide, la filière musicale de La Réunion » est-elle devenue un outil de classe au service d’intérêts privés ?
L’audit organisationnel et financier confié au cabinet ALTERIS CONSEIL par la Région afin de comprendre la situation du PRMA en 2024, met en évidence des problèmes financiers et des difficultés internes de fonctionnement.
Le PRMA, un « simulacre” d’association vivant au crochet de la Région ?
Alors que le Pôle Régional des Musiques Actuelles devrait être le cœur battant de la filière musicale réunionnaise, l’audit de 2024 révèle une réalité bien plus sombre : une structure hybride, financée exclusivement par des fonds publics, où les artistes n’ont quasiment plus leur mot à dire. Entre risques juridiques majeurs et manque de démocratie, plongée dans les coulisses d’une association sans réelle transparence.
Une « délégation administrative »
Officiellement, le PRMA est une association loi 1901. Dans les faits, l’audit souligne qu’il s’apparente fortement à un « démembrement de l’administration régionale ». Pour cause : la structure dépend à 95 % de fonds publics, dont les deux tiers proviennent directement de la Région Réunion. En 2022 le PRMA disposait d’un financement de 1 047 500 € dont 762 000 € de la région Réunion (soit 68% du montant total) et de 183 000 € de l’État au travers de la DAC OI (Direction des Affaires Culturelles de l’Océan Indien).
Comment cet argent public, notre argent, est-il utilisé et géré ? Nous sommes en droit, peut-être même en devoir de nous le demander !
Le fonctionnement institutionnel du PRMA semble conçu pour un entre soi au détriment des acteurs de terrain, en atteste l’audit :
- Une Assemblée Générale (AG) non représentative de la filière : Sur les 25 votants théoriques en AG, seuls 4 votes représentent réellement les adhérents (artistes et techniciens), le reste étant aux mains des membres de droit et des membres associés.
- Une comparaison nationale accablante : L’analyse comparative des 13 pôles régionaux en France montre que le PRMA Réunion est l’un des rares où les adhérents n’ont pas un droit de vote plein et entier, rendant la vie associative « relativement peu dynamique ».
- Un Conseil d’Administration déséquilibré : Sur 11 membres, 5 sont des représentants directs de la Région et de l’État, pesant d’un poids disproportionné sur les décisions.
Quels risques juridiques ?
Cette confusion des genres n’est pas sans danger. L’audit alerte sur un risque réel de « gestion de fait ». En effet, les membres qui y siègent et votent des subventions s’exposent à des poursuites pour conflit d’intérêts ou prise illégale d’intérêts.
Quelle place pour les artistes et techniciens ?
Conséquence directe de ce verrouillage : les professionnels locaux se détournent de la structure. L’audit note un « désintérêt [des acteurs de la filière] dans la vie de l’association », faute de pouvoir y exercer une influence réelle. Le PRMA, censé être un outil de concertation, est devenu une simple chambre d’enregistrement où le sentiment d’entre-soi domine.
En 2025, une polémique avait éclaté concernant la nomination à la tête du PRMA d’un directeur exogène, étranger à la culture réunionnaise, à sa langue et sa musique face à des candidatures locales qui, malgré leurs compétences et réalisations, “ne disposaient pas des diplômes requis” selon la représentante de la DAC OI.
Cette nomination controversée d’Alexandre Lamothe avait-elle réellement pour but de redresser la barre ou simplement de couvrir les anomalies constatées et permettre aux intéressés de continuer sur leur lancer ?
La région qui avait à l’époque soutenu une candidature locale pour la nomination d’un nouveau directeur ne semble pas avoir tenu compte de l’audit ou de cette nouvelle arrivée pour l’allocation des subventions de fonctionnement au PRMA qui s’élève en 2026 à 636 050,43 € (cf commission permanente du 24 avril 2026).
La région aurait-elle renoncé à redresser la situation, préfère-t-elle maintenir le statu quo pour ne pas avoir à reconnaître ses erreurs (le public n’ayant jusque-là pas eu accès à l’audit réalisé) ou accorde-t-elle au nouveau directeur le bénéfice du doute ? Toujours est-il que désormais nous avons accès à l’audit et que nous avons décidé de rendre public les éléments interpellant de ce dossier.
À suivre, Épisode 2 : Diagnostic financier – Comment une erreur comptable de 45 000 € a masqué la dérive du PRMA
Par Komité Pangar ! – Le 02/06/2026





Je trouve très intéressant que le monde culturel se pose des questions sur le fonctionnement de ses structures (ici, le PRMA). Mais franchement, c’est toute La Réunion qui est une machine à capter des fonds publics pour des intérêts privés.
Prenez toutes les « filières » de notre économie et demandez-vous ce qu’elles deviendraient, dans le système actuel, sans les subventions publiques. C’en est au point où, si quelqu’un propose de créer une activité industrielle innovante et porteuse, la première question qui fuse est : » Est-ce qu’il existe des subventions de la Région ou de l’Europe pour cela ? ”
Alors oui, il faut continuer à décrire le système et sa perversion, donner à comprendre comment et pourquoi, dans cet échafaudage de corruption généralisée, c’est toute la société réunionnaise qui en est arrivée à vivre de cette prostitution heureuse, au lieu de se retrousser les manches et de chercher à se construire une identité et une liberté qui lui soient propres.
Mais s’arrêter à la petite bulle culturelle serait une lourde erreur.
A bon.ne entendeur.e…