L’affaire PRMA Réunion, Épisode 2 : diagnostic financier

Expression citoyenne
Temps de lecture :
3 minutes

Comment une erreur comptable de 45 000 € a masqué la dérive du PRMA

Après avoir exploré le manque de représentativité démocratique du Pôle Régional des Musiques Actuelles (PRMA), ce second volet de notre enquête s’intéresse aux finances de l’association. Entre erreurs de saisie et déficit structurel, l’audit 2024 révèle une gestion à l’aveugle où la transparence a fait défaut aux partenaires financeurs.

L’illusion d’un équilibre : le mystère des 45 000 €

C’est sans doute la révélation de l’audit financier : une « erreur de double comptabilisation » d’une subvention de la Région a eu lieu en 2021.

Concrètement, une somme de 45 000 € a été inscrite deux fois dans les produits de l’association, faisant apparaître un résultat net quasi à l’équilibre (-3 024 €) alors que le déficit réel était déjà de -48 024 €.

Cette « coquille » n’est pas anecdotique, elle a empêché les dirigeants et les partenaires financiers de prendre conscience de la dégradation réelle de la situation financière dès cette année-là. L’erreur a dû être corrigée en 2022 par une charge exceptionnelle, alourdissant mécaniquement le bilan déjà désastreux de cet exercice.

Comment cela a-t-il pu se produire alors que les associations disposant de fonds publics supérieurs à 153 000 € sont supposées faire appel à un commissaire aux comptes ? (C. com. art. L. 612-4).

Un déficit structurel qui se creuse

Au-delà de cet incident, les chiffres au 31 décembre 2022 sont alarmants. Le PRMA affiche un résultat net déficitaire de -129 311 €. L’audit souligne que l’association affiche chaque année, depuis 2019, une perte d’exploitation. Le constat est sans appel : le déficit n’est pas un accident de parcours mais le signe d’un problème financier d’ordre structurel.

Les charges d’exploitation ont bondi de 4 % en 2022 tandis que les produits avaien diminué de 3 %, créant un effet de ciseau dangereux pour la pérennité de la structure. L’audit pointe également une absence totale de comptabilité analytique jusqu’en 2023, rendant impossible un suivi précis des dépenses par projet.

La » perfusion » régionale : une dépendance à 95 %

L’association vit presque exclusivement de l’argent public : 95 % de ses recettes proviennent de subventions. La Région Réunion est le premier financeur, avec une contribution de 566 000 € en 2022, soit 67 % des subventions d’exploitation. Si l’on ajoute la mise à disposition gratuite des locaux (valorisée à 56 500 €), la collectivité régionale porte à bout de bras 68 % du budget total de la structure.

Une gestion « au doigt mouillé »

L’audit critique une « logique de guichet » qui prévaut actuellement, mettant en péril la structure dans un contexte inflationniste. Plus grave encore, la procédure d’élaboration du budget annuel ne semble faire l’objet d’aucune concertation interne avec les services : le budget serait déterminé de manière unilatérale par l’administrateur et le directeur. En l’absence de dialogue, les erreurs de prévisions et les divergences ne sont pas traitées, menant à une navigation à vue financière.

Alors même que la gestion des fonds du PRMA Réunion semble poser problème depuis 2019, ses comptes semblent ne pas avoir fait l’objet d’une publication publique depuis 2022. N’ont ils pas une obligation de transparence dans le cadre des subventions dont ils disposent et des fonds qu’ils manipulent (FRAM, TéGé et AMI) ou est-ce à La Région Réunion, son principal financeur, de le communiquer aux intéressés ? (Loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations).

À suivre, Épisode 3 : fonctionnement interne – « Ambiance délétère » et management aux abonnés absents

Par Komité Pangar ! – Le 09/07/2026

image_printImprimer l'article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Expression Citoyenne

Cet espace dédié à l'expression citoyenne accueille des contributions libres, indépendantes, non rémunérées. Ces propos n'engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas la ligne éditoriale de la rédaction.