« Ti Pat’ », la mascotte qui cache la forêt de la surfréquentation

Société
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Il aura fallu réunir une dizaine d’institutions, mobiliser des bataillons d’experts et créer une commission ad hoc pour accoucher d’une vérité fondamentale : en forêt, il convient de ne pas jeter ses emballages de biscuits par terre. Bienvenue dans l’univers de « Ti Pat’ », la nouvelle enseigne de la randonnée responsable à La Réunion.

Une armada institutionnelle

Ce 24 juillet, à l’aire d’accueil de La Providence, le spectacle valait le détour. Autour de la table (ou plutôt du sentier), un alignement impressionnant de grands noms et de sigles administratifs : le Département, l’Office National des Forêts (ONF), le Parc National, l’Agence Régionale de la Biodiversité (ARB), sans oublier les militaires du PGHM, la DRAJES, les comités de tourisme et de randonnée, ainsi que les syndicats d’accompagnateurs en montagne.

Toutes ces forces vives se sont rassemblées autour d’une ambition historique : présenter Ti Pat’, la marque commune censée éduquer les usagers de la montagne récurrente. Fruit d’un labeur méthodique mené au sein de la Commission départementale des espaces, sites et itinéraires (CDESI), cette identité se résume à une maxime formulée avec gravité : « Use tes chaussures, pas la nature. »

Onze commandements… pour l’évidence

Derrière cette signature poétique se cache une grande entreprise pédagogique : décliner 11 messages clés consacrés à la sécurité, la protection des sentiers et la gestion des déchets.

Pour orchestrer ce rappel à l’ordre, les discours officiels n’ont pas manqué d’enthousiasme. Gilles Hubert, vice-président du Département, a ainsi salué une démarche collective destinée à « faire émerger une véritable culture commune de la randonnée responsable ». Une déclaration qui laisse imaginer la densité des séminaires d’études nécessaires pour s’accorder sur le fait qu’une canette vide n’a pas sa place dans un sous-bois.

De son côté, la présidente de l’ARB, Ericka Bareigts, a apporté une touche de pragmatisme en rappelant l’objectif central : « promouvoir des gestes de bon sens que nous avions auparavant mais que nous avons parfois perdus ». Le constat est posé : le citoyen moderne ayant apparemment égaré la notion élémentaire de propreté sur le chemin des hauts, il appartenait aux autorités de la lui réimprimer sur papier glacé.

Déploiement tous azimuts

Propriétaire de la forêt départemento-domaniale et pilote du dispositif, le Département promet un pilonnage informationnel en règle. Les 11 préceptes de Ti Pat’ seront déployés à grande échelle : dans les gîtes, sur les réseaux sociaux, lors des rassemblements sportifs et, pièce maîtresse du dispositif, au cœur du tout nouveau Guide du randonneur.

Désormais, l’usager des sentiers marchera armé de sa conscience écologique et de son guide officiel. Une logistique impressionnante pour réapprendre l’évidence, qui prouve une fois de plus qu’à La Réunion, si le bon sens se perd, l’administration, elle, sait toujours comment le retrouver.

L’angle mort

Un détail manque pourtant à ce formidable tableau institutionnel : la surfréquentation chronique des sentiers les plus prisés. Car pendant que les institutions s’échinent à inculquer la vertu individuelle à grands coups de campagnes de communication, les flux de marcheurs, eux, ne cessent d’être encouragés et de gonfler sur les mêmes itinéraires.

Mais plutôt que de s’interroger sur la capacité d’accueil des espaces naturels ou sur la régulation de la pression touristique, les autorités ont tranché : à problème collectif complexe, réponse individuelle sur dépliant. Après tout, pourquoi s’attaquer au défi du nombre quand il suffit de demander à des milliers de personnes piétinant les mêmes mètres carrés d’adopter humblement « l’esprit Ti Pat’ » ?

Par Jean Fauconnet – Le 29/07/2027

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Jean Fauconnet

« Choisir de ne pas savoir, c'est déjà obéir. » Fidèle à cette devise, Jean Fauconnet est tourné vers journalisme d'impact, celui qui percute la réalité. Journaliste professionnel titulaire de la carte de presse.