« Fichez-moi la paix ! »

Il y a quelques jours, excédée par les questions qui lui étaient posées sur les 900 000 euros reçus de Renault-Nissan, Rachida Dati lançait : « Fichez-moi la paix ! » La formule avait donné son titre à notre première tribune. Depuis, le procès a avancé. Et, d’une certaine manière, le Parquet national financier vient de lui répondre. Quatre ans de prison, dont deux ferme aménageables. Cinq ans d’inéligibilité. Cinq ans d’interdiction d’exercer une fonction publique. Cinq ans d’interdiction d’exercer la profession d’avocate. Avec exécution provisoire demandée pour ces peines complémentaires. Ce ne sont encore que des réquisitions.
Il faut le répéter : le tribunal n’a pas condamné Rachida Dati.Il peut suivre le parquet. Il peut ne le suivre qu’en partie. Il peut prononcer d’autres peines. Il peut aussi la relaxer. Le 21 janvier 2027, les juges répondront. Mais il est difficile de ne pas entendre aujourd’hui l’ironie terrible de cette succession de mots. « Fichez-moi la paix ! » Le parquet semble avoir pris la demande au mot. Il requiert désormais cinq années pendant lesquelles Rachida Dati pourrait être tenue éloignée des urnes, de la fonction publique et du barreau.
Une « mort civile », proteste sa défense. Une mort politique également ? N’allons pas plus vite que la justice. Pour l’instant, ce ne sont que les réquisitions du parquet. Mais si, le 21 janvier, le tribunal décidait de les suivre et d’assortir l’inéligibilité de l’exécution provisoire demandée, alors la formule lancée quelques mois plus tôt dans la salle d’audience prendrait une saveur singulièrement amère.
Rachida Dati demandait qu’on lui fiche la paix. Le parquet vient de requérir les conditions qui pourraient, pour cinq ans, lui en donner beaucoup. Peut-être beaucoup plus qu’elle n’en réclamait.
Par Patrice SADEYEN – Le 02/10/2026




