Urcoopa : Koh-Lanta chez les coopératives

Mesdames et Messieurs, sortez le pop-corn (garanti sans OGM et produit localement, enfin on l’espère). Le feuilleton de l’Urcoopa vient de passer de la catégorie « Documentaire agricole » à « Thriller avec trahisons en 4K ». Bienvenue dans le monde merveilleux de la coopération réunionnaise, où le mot « ensemble » semble avoir été rayé du dictionnaire au profit du mot « tribunal ».
On nous avait vendu l’Urcoopa comme les quatre mousquetaires de l’élevage : Terracoop, la Sicalait, la CPPR et la Cane. Un pour tous, tous pour un ! Sauf qu’en 2026, l’ambiance ressemble plus à un repas de famille qui finit en lancer de caris.
Saison 1, le passé
Pendant des décennies, l’Urcoopa, c’était le patriarche de La Réunion. On l’appelait affectueusement (ou pas) « la Pieuvre », car elle avait un tentacule dans chaque auge : de l’importation du grain jusqu’à l’abattage du poulet, en passant par le transport.
- L’accusation de « Gavage » : Les éleveurs se plaignaient que le prix de l’aliment grimpait plus vite que la croissance d’un porc de la CPPR. L’Urcoopa répondait invariablement : « C’est la faute au fret, au conflit ukrainien et à la lune. »
- Le contrôle total : Si tu n’étais pas avec l’Union, tu étais contre elle. On soupçonnait une gestion façon « boîte noire » où les chiffres circulaient moins vite que les rumeurs de couloir.
- L’épisode Evollys : Une longue bataille pour l’abattoir de l’Étang-Salé où l’Urcoopa a fini par s’imposer, non sans laisser quelques plumes (et beaucoup de rancœur) chez ses partenaires privés.
Saison 2, le présent
Changement de décor ! Ce n’est plus une guerre contre l’extérieur, c’est la guerre civile au sein même du château de l’Urcoopa. Les membres fondateurs, qui se sont mariés en 1982, demandent aujourd’hui le divorce pour « violences conjugales financières ».
Le putsch des « ex » (Terracoop & Sicalait)
Hier alliés, aujourd’hui en résistance. Terracoop (les Avirons) a carrément déposé son propre plan de reprise pour la filiale Soficoop, en mode : « Pousse-toi de là que je m’y mette ».
- L’accusation de l’Urcoopa : « Trahison ! Déloyauté ! » Henri Lebon menace même de les expulser de la coopérative. C’est un peu comme si vous expulsiez votre colocataire qui possède 32 % de l’appartement. Ambiance garantie dans l’ascenseur.
Le scud de la Sicalait (Le courrier qui pique)
Le 3 mars 2026, Fabrice Payet (le patron du lait) a envoyé un courrier qui ferait passer une convocation au fisc pour une carte postale. Il accuse carrément Henri Lebon de :
- Chantage et intimidation : On imagine presque le président de l’Urcoopa avec un cigare, menaçant de couper le robinet de lait si on ne vote pas comme lui.
- Détournements d’actifs : Le genre de phrase qui fait immédiatement sortir les avocats de leur boîte à gants.
- Opacité délibérée : Apparemment, lire les comptes de l’Urcoopa demande aujourd’hui un diplôme en cryptographie avancée.
La réplique du président : « La Caravane passe »
Face à ce champ de ruines, Henri Lebon reste zen (ou fait semblant). Sa réponse ? Le Tribunal. Il attaque en diffamation, traite les accusations de « farfelues » et sort la réplique culte : « Les chiens aboient, la caravane passe ».
- Le petit tacle bonus : Il affirme que la Sicalait est juste « en rage » parce qu’elle n’a pas pu s’emparer de la Cilam (le graal du yaourt réunionnais). En gros : « C’est celui qui dit qui l’est ».
Le bilan de l’expert (de comptoir)
Dans le passé, l’Urcoopa gérait la crise. Aujourd’hui, l’Urcoopa est la crise. On a quatre membres fondateurs : deux qui veulent sauver les meubles (CPPR, Cane) et deux qui veulent changer les serrures (Terracoop, Sicalait).
Les gagnants ? Pour l’instant, ce sont les avocats. Les perdants ? Les éleveurs qui regardent ce spectacle pathétique pendant leurs cochons, poulets, attendent toujours un plan de redressement qui tienne la route.




