Baromètre CNL, 31 minutes pour lire, 3 heures pour zapper

Société

L’arbitrage est fait selon le baromètre du Centre national du livre (CNL)

L’année 2025 marque un tournant, et pas forcément celui qu’on espérait avec un marque-page en soie. Le baromètre Ipsos/CNL vient de tomber, et le portrait du lecteur français ressemble un peu à quelqu’un qui a juré de se mettre au sport mais qui finit par regarder des tutos fitness sur son canapé. Si on déclare toujours aimer les livres, notre attention, elle, a visiblement décidé de partir en vacances prolongées sur les écrans.

Un désengagement qui s’installe

Le constat est plus froid qu’une fin de roman scandinave. En effet, pour la première fois en dix ans, la part des lecteurs réguliers a chuté. Aujourd’hui, seuls 56 % des Français se considèrent comme de grands ou moyens lecteurs. C’est une baisse de 5 points en deux ans. En gros, un Français sur deux préfère désormais regarder une série plutôt que de tourner les pages.

Même le volume s’amincit en passant de 22 à 18 ouvrages par an. On lit moins, et on varie moins les plaisirs. On reste dans sa zone de confort, avec moins de six genres explorés. On ne va pas se mentir, la curiosité littéraire est en train de devenir aussi rare qu’un exemplaire original de Proust sans taches de café (ou des miettes de madeleines).

La grande bascule

C’est là que le bât blesse. Le temps moyen consacré à la lecture est tombé à 31 minutes par jour. C’est à peine le temps de comprendre qui est qui dans un roman de Tolstoï. En face, les écrans (smartphone, téléviseur, ordinateur) occupent 3h21 de notre temps libre. Le match est plié !

Chez les moins de 25 ans, c’est carrément le festival du pixel avec 5 heures par jour devant un écran. Pour ces jeunes, le temps passé sur smartphone en une journée dépasse le temps total de lecture… sur une semaine entière. Dire qu’on « manque de temps » pour lire est donc officiellement l’excuse la moins pertinente.

De nouveaux visages (et des casques audio)

Heureusement, la lecture ne meurt pas, elle mute. Si le roman policier reste le doudou préféré des plus de 50 ans, les jeunes, eux, bousculent la bibliothèque :

  • Manga et Comics : les étagères plient sous le poids des bulles.
  • New romance : le genre qui fait rougir les bibliothécaires est devenu incontournable.
  • Livre audio : un Français sur trois préfère désormais qu’on lui lise une histoire. C’est pratique, on peut cultiver son esprit tout en passant l’aspirateur ou en étant coincé dans les bouchons sur la route du littoral. On ne lit plus, on « stream » de la littérature.

Les leviers pour demain

Tout n’est pas perdu, à condition de savoir ruser. Paradoxalement, les réseaux sociaux sont aussi les meilleurs prescripteurs. Un tiers des lecteurs pourraient ouvrir un livre grâce à une recommandation en ligne.

Mieux encore, les écrans peuvent être des alliés. Chez les jeunes, voir une série ou un film adapté d’un livre déclenche une envie de lire dans 75 % des cas. Comme quoi, il faut parfois passer par un écran 4K pour donner envie de tâter du papier, recyclé de préférence.

Le défi n’est pas de prouver que lire c’est bien (tout le monde est d’accord là-dessus, surtout pour faire bien en société), mais de trouver une place au livre entre deux notifications. L’exemple reste la clé. Si les enfants d’aujourd’hui vous voient avec un livre plutôt qu’avec une tablette, il y a une chance qu’ils ne finissent pas par croire que Victor Hugo était un influenceur spécialisé dans les barbes.

JeF

image_printImprimer l'article

JeF

« Choisir de ne pas savoir, c'est déjà obéir. » Fidèle à cette devise qu'il a lui-même inventée suite à une insolation, JeF est une figure de proue du journalisme d'impact, celui qui percute la réalité jusqu'à ce qu'elle change de forme. Au-delà du côté humoristique, JeF est journaliste professionnel titulaire de la carte de presse.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *