Le RN à La Réunion, l’amant discret que la droite ne veut pas présenter à ses parents
Officiellement, la droite locale (LR, Objectif Réunion) vous dira qu’elle a des « valeurs » et qu’elle ne fait pas d’alliance avec les extrêmes. Officieusement, quand il manque 3 ou 4 %, voire plus, pour battre un candidat de gauche, ces « valeurs » deviennent soudainement très élastiques.
Le paradoxe de la Plaine
Le seul véritable îlot de résistance (ou de persistance) reste la Plaine-des-Palmistes. Johnny Payet, l’homme qui porte l’étiquette RN comme d’autres portent une chemise à fleurs le dimanche, a été réélu dès le premier tour avec près de 59 % des voix.
« C’est la magie des hauts », commente notre spécialiste. « À la Plaine, on n’élit pas un parti, on élit le gars qui connaît le nom de ton grand-père et qui sait où trouver les meilleurs goyaviers. Le logo du RN ? C’est juste pour faire joli ! »
Ailleurs, la douche froide (et pas que dans les hauts)
Partout ailleurs, c’est le régime sec. À Saint-Denis, Jean-Max Nativel dépasse à peine les 6,7 %. À Petite-Île, Harold Fontaine plafonne à 6,9 %. Même à Sainte-Marie, Valérie Legros reste bloquée à 4,7 %.
Entre les Européennes (où l’on vote RN pour « punir » Paris) et les Municipales (où l’on vote pour « Tonton » qui va réparer le trottoir), le cœur des Réunionnais balance… et finit toujours par revenir à la case départ.
La Droite locale : « on n’est pas ensemble, mais on n’est pas fâchés non plus »
C’est là que ça devient croustillant. Si en métropole, le « Front Républicain » est un dogme encore plus ou moins réel, à La Réunion, la droite classique (LR, DVD) regarde le RN avec la tendresse d’un cousin éloigné un peu bruyant qu’on invite quand même aux mariages.
- Le soutien discret : Au second tour (là où il y en a un, comme au Tampon ou à Saint-Paul), on ne parle pas d’alliance officielle, c’est trop salissant pour le CV. On parle de « convergence de valeurs » ou de « regroupement des forces vives ».
- Le calcul : Les maires de droite savent que les 6 ou 10 % de voix RN sont bien utiles pour battre la gauche. Alors on fait les yeux doux, on promet une délégation « aux festivités patriotiques » et on s’accommode du soutien sans trop faire de bruit.
Le soutien sans participation
À La Réunion, on a inventé un concept génial : le soutien fantôme.
- Le candidat RN se retire (ou n’est pas qualifié).
- Il publie un communiqué expliquant que « pour l’intérêt de la commune et contre le péril rouge/rose/vert, il faut voter pour le candidat de droite ».
- Le candidat de droite répond : « je prends acte de ce soutien citoyen, mais je n’ai rien demandé. » (Tout en faisant un clin d’œil complice dans le miroir).
« C’est le baiser de la mort, mais avec du gloss », rigole un électeur. « La droite locale utilise le RN comme une batterie externe : on la branche quand on en a besoin, mais on la cache dans sa poche dès qu’on est en public. »
Pourquoi la droite locale ne craint pas le RN ?
Contrairement à la métropole où le RN veut remplacer la droite, à La Réunion, le RN est souvent composé d’anciens de la droite.
- Le point commun : ils partagent le même électorat, les mêmes églises et souvent les mêmes programmes.
- Le résultat : on s’entend bien sur le fond (sécurité, économie,…), et on fait semblant de se battre sur la forme pour ne pas fâcher les instances nationales à Paris.
Mais à trop flirter avec le Rassemblement National, il devient évident que la frontière disparaît peu à peu au risque d’un effacement idéologique de la droite républicaine au profit des idées, du programme et des « valeurs » du RN.





