Racisme en France, un état des lieux sans langue de bois

France
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Près d’un Français sur deux a déjà goûté au racisme ou aux discriminations. Une étude massive de l’Ifop pour la LICRA menée sur un échantillon de 14 025 personnes (soit plus que la population de certaines de nos communes) révèle que le « vivre-ensemble » ressemble parfois à un sport de combat.

Un constat systémique et prévisible

Le racisme en France, ce n’est pas un bug informatique qui arrive une fois de temps en temps. Pour 46 % des Français, c’est une réalité de terrain. Mais attention, l’égalité ne vaut pas pour les statistiques :

  • 80 % des personnes perçues comme Noires ou Arabes ont déjà été ciblées.

  • Les chiffres sont tout aussi « généreux » pour les personnes de confession juive (84 %) ou musulmane (79 %).

Le « ciblage » des victimes est évident, révélateur d’un biais systémique et d’une certaine attitude décomplexée.

La méritocratie en mode « accès refusé »

L’école et le travail sont censés être les temples de l’égalité. Dans les faits, c’est plutôt un parcours du combattant où certains courent avec des semelles de plomb :

  • À l’école : le taux de discrimination grimpe à 35 % pour les élèves perçus comme arabes. Résultat ? 18 % des victimes ont dû changer d’établissement. C’est ce qu’on appelle une « orientation scolaire forcée », déplacer le problème sans le traiter.

  • Au travail : le milieu professionnel n’est pas en reste, surtout pour les personnes perçues comme noires (30 %). Là encore, la mobilité n’est pas toujours un choix de carrière avec 26 % des victimes qui finissent par démissionner. Une méthode de management radicale (raciale ?), consistant à vider les bureaux plutôt qu’à changer les mentalités.

La confiance envers l’État qui s’étiole

Le racisme ne brise pas seulement des carrières, il use le lien avec les institutions. Quand on parle de la police par exemple, la fracture est nette. 37 % des musulmans et 34 % des personnes noires ou arabes estiment avoir été traités injustement lors d’un contrôle.

Le résultat ? Un « évitement » prudent. 9 % des victimes préfèrent ne pas mettre les pieds dans un commissariat, même en cas de besoin. Difficile de demander de l’aide quand on a l’impression que le remède pourrait être aussi piquant que le mal.

Vivre en mode camouflage

Pour éviter les ennuis, plus de la moitié des victimes (52 %) ont dû improviser un manuel de survie comme éviter certaines rues (39 %), changer de look (19 %) ou même se « neutraliser » sur Internet (18 %).

C’est une charge mentale invisible, un calcul de risques permanent qui finit par peser sur le moral. Quand on sait que 24 % des victimes rapportent des épisodes dépressifs, on comprend que le racisme n’est pas qu’une affaire de mots, c’est aussi une affaire de maux.

La France, tu l’aimes mais tu la quittes ?

Dernière étape du processus : le billet d’avion sans retour. Envisager de quitter la France est une option sérieuse pour 22 % des victimes. Ce chiffre bondit à 55 % chez les juifs et 46 % chez les musulmans. Une sorte de fuite des cerveaux (et des cœurs) motivée par le simple besoin de respirer un air un peu moins saturé de préjugés.

L’enquête souligne que le racisme ne se contente pas de blesser à l’instant T. Il force aux changements de comportements, d’écoles, d’entreprises, et finit par convaincre une partie des citoyens que leur avenir est peut-être ailleurs. Un constat qui, pour le coup, ne souffre d’aucune ambiguïté.

Le racisme n’est pas un incident de parcours, c’est un mur que certains percutent tous les matins en ouvrant leur porte. Il serait peut-être temps de s’assurer que la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » ne soit pas juste une décoration sur les frontons des mairies, mais une réalité qui ne peut advenir que par une forte volonté politique.

JeF

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« Choisir de ne pas savoir, c'est déjà obéir. » Fidèle à cette devise qu'il a lui-même inventée suite à une insolation, JeF est une figure de proue du journalisme d'impact, celui qui percute la réalité jusqu'à ce qu'elle change de forme. Au-delà du côté humoristique, JeF est journaliste professionnel titulaire de la carte de presse.