Le collectif STOPVIF et l’association EPAA 974 interpellent les plus hautes institutions de l’État

Alors que le Département vient d’annoncer un renforcement de ses dispositifs de protection de l’enfance pour faire face à une hausse critique des signalements, la réalité du terrain rattrape les institutions. Le collectif STOPVIF et l’association EPAA 974 interpellent les plus hautes instances de l’État pour dénoncer des défaillances chroniques dans la prise en charge judiciaire des mineurs victimes sur l’île.
Face à l’explosion des chiffres
Cette mobilisation associative intervient au moment même où les voyants sont au rouge. Réuni en séance plénière à la mi-juin, l’Observatoire départemental de la protection de l’enfance (ODPE) a dressé un bilan alarmant : à La Réunion, le nombre d’informations préoccupantes est monté en flèche, passant de 6 260 en 2023 à plus de 8 000 en 2025, tandis que près de 3 800 enfants sont désormais accompagnés par l’Aide sociale à l’enfance (ASE).
Face à cette urgence, les autorités politiques et judiciaires locales — menées par le président du Département Cyrille Melchior, la Première Présidente de la Cour d’appel Fabienne Le Roy et la Procureure Générale Fabienne Atzori — ont affiché une action commune. Le Département a dévoilé un plan d’action d’envergure mêlant création de postes de travailleurs sociaux, équipes dédiées aux moins de trois ans, renforcement des protocoles de coopération et ouverture de nouvelles structures comme un village fratrie. De son côté, la magistrature a annoncé l’arrivée de trois nouveaux juges des enfants pour tenter de fluidifier le système.
Des failles systémiques
Pourtant, ce déploiement de mesures officielles ne suffit plus à rassurer les familles. Le 1er juillet 2026, le Collectif Stop VIF – Protégeons nos enfants et l’association Écoute-moi, Protège-moi, Aide-moi, Aime-moi (EPAA 974) ont annoncé une série de démarches pour alerter sur la réalité vécue par les victimes et leurs proches dans plusieurs procédures judiciaires à La Réunion.
Elles pointent du doigt des difficultés récurrentes qui paralysent le quotidien des justiciables : des délais d’enquête particulièrement longs, un manque d’information des familles, de lourdes conséquences psychologiques liées aux procédures, ainsi qu’une incompréhension globale face aux mesures de protection réellement mises en œuvre.
L’affaire Sainte-Marguerite
L’affaire de l’école privée Sainte-Marguerite, située à Saint-Benoît, est devenue le symbole de ces dysfonctionnements dénoncés par le tissu associatif. Dans ce dossier, un courrier a été adressé à la Procureure de la République pour signaler une faille majeure dans le protocole : selon les informations communiquées par leurs représentants légaux, deux très jeunes enfants concernés n’auraient ni été entendus dans une « Salle Mélanie » (espaces spécifiquement conçus pour recueillir sereinement la parole des plus petits), ni bénéficié d’une consultation spécialisée en victimologie.
Si le Collectif Stop VIF et EPAA 974 précisent que cette démarche ne vise pas à contester la décision de classement sans suite rendue dans cette affaire, ils estiment indispensable de porter ces manquements à la connaissance de l’autorité judiciaire pour illustrer les carences du système local de recueil de la parole de l’enfant.
Cap sur Paris
Déterminées à faire bouger les lignes au-delà des frontières de l’île, les associations ont décidé de politiser le débat au niveau national. Elles ont obtenu le soutien de la sénatrice Évelyne Corbière, qui a accepté de remettre personnellement un courrier au Garde des Sceaux, Gérald Darmanin. Ce document recense plusieurs affaires suivies à La Réunion et dresse une liste noire des difficultés concrètes observées sur le terrain. En parallèle, l’association EPAA 974 a officiellement saisi le Défenseur des droits et a transmis l’ensemble de ses constats aux parlementaires réunionnais membres de la Commission d’enquête sur les dysfonctionnements obstruant l’accès à une justice adaptée aux besoins des justiciables ultramarins, espérant ainsi nourrir les travaux législatifs à Paris.
Pour le Collectif Stop VIF et EPAA 974, l’objectif affiché n’est pas d’entrer en guerre contre les décisions de justice, mais bien de faire remonter la détresse des familles réunionnaises pour réformer un système à bout de souffle. Les associations rappellent que chaque enfant qui révèle des violences accomplit un acte de courage individuel. Face à ce courage, elles estiment qu’il est du devoir absolu des institutions d’entendre cette parole et de garantir une réponse adaptée, seule condition pour préserver la confiance fragile des enfants et de leurs familles dans l’institution judiciaire.
Par Jean Fauconnet – Le 02/06/2026




