Les Parcours Emploi Compétences (PEC) au régime sec
Le ciel social de La Réunion vient de s’assombrir brutalement et ce n’est pas un cyclone. Alors que l’île jongle toujours avec un chômage structurel à environ 17 %, la Préfecture a sorti la guillotine budgétaire ce matin. Le contingent de contrats Parcours Emploi Compétences (PEC) subit une « coupe claire » de 60 %. En clair, l’enveloppe fond comme un glaçon au soleil et on passe de 10 000 à seulement 4 000 contrats. C’est le désengagement de l’État le plus violent qui pouvait être redouté.
A bout de souffle
Cette décision n’est pas qu’un simple coup de rabot comptable, c’est une véritable rupture. Depuis 2023, époque lointaine où 12 500 contrats soutenaient encore l’économie locale, le gouvernement s’est mis en tête que ces dispositifs étaient trop « occupationnels ». À Paris, on imagine sans doute que les PEC passent leur journée à contempler le Piton des Neiges, alors on les qualifie de « trappe à pauvreté ». L’objectif ? Propulser les Réunionnais vers l’apprentissage et le secteur marchand, un peu comme si on demandait à un coureur de fond de s’inscrire soudainement au Grand Raid sans chaussures.
Mais la chute de 2026 est particulièrement acrobatique. Non seulement le nombre de contrats s’effondre, mais les conditions deviennent presque comiques. D’abord, le financement public tombe à 40 % du SMIC, ensuite, les contrats sont rabotés à six mois et le temps de travail plafonné à 21 heures. C’est tellement restreint qu’il faudrait presque un diplôme de physique quantique pour réussir à boucler un planning d’embauche dans une petite structure.
Les communes, premières victimes
Le coup est rude pour nos 24 mairies qui, historiquement, absorbaient 40 % de ces contrats pour faire tourner la boutique. En 2024, on décomptait encore 4 400 PEC dans les municipalités. En 2026, elles devront se partager un reliquat dérisoire de… 800 contrats. Autant dire qu’on va se battre pour chaque poste.
Concrètement, une mairie qui gérait 150 agents pour les écoles et la cantine va devoir faire des miracles avec… 30 personnes. On imagine déjà le tableau avec des agents qui devront cuisiner d’une main et surveiller la cour de l’autre. Le risque ? Des services non rendus, une augmentation des charges et taxes locales pour financer de nouveaux postes, et surtout des jeunes qui n’acquerront plus cette expérience potentiellement utile.
Le mirage du relais privé
L’État compte sur la baguette magique de « France Travail » et sur le secteur privé censé absorber tous ces bras disponibles. C’est oublier un léger détail : 90 % de nos entreprises sont des TPE. Elles n’ont pas forcément la carrure financière pour recruter des milliers de demandeurs d’emploi sans un sérieux coup de pouce.
De son côté, la formation continue de rouler à son propre rythme. On veut envoyer les jeunes vers la transition énergétique ou le numérique, mais les cursus restent parfois plus théoriques qu’un manuel de montage de meuble. En supprimant l’amortisseur social du PEC sans avoir ajusté le moteur de la formation, l’État crée un « no man’s land » social. Ce seront des milliers de jeunes sans salaire, mais avec beaucoup de temps libre pour réfléchir à l’absurdité de la situation.
Vers une explosion de la fiscalité locale ?
Pour les maires, c’est l’heure du choix cornélien (et budgétaire). Pour garder les écoles propres et sécurisées, il faudra embaucher sur fonds propres. Problème, un contrat de droit commun coûte trois fois plus cher qu’un contrat aidé. Pour payer l’addition, il n’y a pas trente-six solutions : soit on augmente la taxe foncière (et on se fâche avec les électeurs), soit on arrête de construire des gymnases et de réparer les routes.
À l’approche de la mobilisation du 20 mai, l’ambiance est électrique. Les élus dénoncent une gestion « comptable » déconnectée de notre réalité. En voulant forcer la marche vers une nouvelle économie à coups de privations, Paris prend le risque d’une rupture sociale. Et comme on dit, à force de vouloir faire des économies de bouts de chandelle, on finit souvent par se brûler les doigts… et le reste.
JeF





