Abrogation du Code noir, entre soulagement historique et appels à l’action

Politique
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Cent soixante-dix-huit ans après l’abolition de l’esclavage sur l’île, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité l’abrogation officielle du Code noir. À La Réunion, si la décision est saluée comme une réparation indispensable, on s’étonne parfois poliment qu’il ait fallu attendre 2026 pour nettoyer les tiroirs du droit colonial.

C’est une anomalie de l’Histoire qui vient enfin d’être corrigée, prouvant que le temps législatif a parfois ses propres mystères. Bien que l’esclavage ait été définitivement aboli à La Réunion le 20 décembre 1848 par Sarda-Garriga, le texte juridique qui l’organisait et réduisait l’être humain au statut de « bien meuble » n’avait, techniquement, jamais été formellement abrogé par le Parlement. Il aura donc fallu un siècle et demi pour que la forme rattrape enfin le fond.

Les députés ont désormais voté à l’unanimité la disparition définitive de ce corpus colonial de 1685. À La Réunion, cette décision a été accueillie avec un soulagement évident, teinté de la satisfaction de voir une page juridique enfin tournée.

Un acte de justice salué par la classe politique

Pour les institutions et les parlementaires réunionnais, ce vote marque la fin d’un anachronisme juridique majeur. Le Conseil Départemental de La Réunion a rapidement salué un « acte de justice essentiel pour la mémoire collective de l’île », dont l’identité reste profondément marquée par la période esclavagiste.

Dans l’Hémicycle, plusieurs députés réunionnais, dont Jean-Hugues Ratenon, ont pris la parole pour rappeler la cruauté de ce texte qui régissait les châtiments corporels et le marquage au fer rouge. Ce grand ménage législatif a d’ailleurs inévitablement relancé le débat sur les symboles coloniaux dans l’espace public, certains notant l’ironie de voir le Code noir abrogé alors que la statue de son principal instigateur, Colbert, monte toujours la garde devant le Palais Bourbon.

Au-delà du symbole, les députés ont adopté un amendement capital : l’État reconnaît désormais explicitement que l’ensemble de ces dispositifs coloniaux est indissociable du crime contre l’humanité.

Le symbole ne suffit pas

Si la satisfaction est consensuelle, le tissu associatif réunionnais refuse de s’en tenir aux célébrations de façade et rappelle, avec pragmatisme, qu’abroger un texte obsolète depuis le XIXe siècle s’apparente d’abord à un devoir de mémoire tardif.

Dans une tribune libre, l’Union des Femmes Réunionnaises (UFR) a qualifié cette abrogation d’« avancée historique pour la mémoire, la dignité et la justice ». Cependant, l’organisation a fermement rappelé que « le symbole ne suffit pas ».

« Ce nettoyage juridique n’a de sens que s’il s’accompagne d’actions concrètes sur le terrain. » — Un message clair porté par les mouvements citoyens de l’île.

Les associations réclament désormais que cette dynamique parlementaire se traduise dans le quotidien des Réunionnais, notamment à travers les programmes scolaires. L’enjeu est maintenant d’accentuer la transmission pédagogique autour de l’histoire de la traite et du marronnage, pour que la mémoire ne soit pas qu’une affaire de textes de lois, mais un outil d’éducation vivant.

Par JeF

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