Filière canne : les chaînes toujours présentent du système colonial

Société
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Le blocage de l’usine de Bois-Rouge rappelle qu’à La Réunion, la culture de la canne reste prisonnière d’un carcan historique. Entre le quasi-monopole du groupe Tereos et une asymétrie de pouvoir héritée du passé, les planteurs subissent les rouages d’une domination économique qui perpétue des logiques de plantation modernisées.

La révolte face au mépris

Le mouvement qui paralyse l’usine de Bois-Rouge traduit l’exaspération d’une paysannerie poussée à bout par un système inique. En portant leurs revendications sur la place publique, les planteurs refusent de plier face à l’opacité des critères de richesse de la canne et au mépris de l’industriel. Chaque campagne sucrière ressemble à un parcours du combattant, où ceux qui travaillent la terre et subissent la dureté du labeur se retrouvent réduits au rôle de spectateurs impuissants face à un rouleau compresseur économique.

L’ombre de la métropole

Impossible d’analyser cette crise sans regarder en face l’héritage persistant de la société coloniale. La structure actuelle de la filière repose sur un déséquilibre originel où la force de travail locale est subordonnée à des intérêts extérieurs. Le groupe Tereos incarne cette centralisation lointaine : un géant agro-industriel piloté depuis la métropole, dont les décisions s’affranchissent des réalités humaines de l’île.

L’agriculteur, enraciné dans sa parcelle, se retrouve pieds et poings liés face à un unique acheteur qui détient l’outil de transformation indispensable. Cette configuration de dépendance absolue réactive le spectre d’un capitalisme extractif où la richesse locale est siphonnée au profit d’un centre de décision extérieur.

La double tenaille

Dans ce rapport de force faussé, les planteurs étouffent sous une double contrainte. D’un côté, l’industriel s’accapare l’essentiel de la valeur ajoutée, notamment en monopolisant les retombées financières de la bagasse et de la co-génération d’électricité sans qu’aucun dividende ne revienne à ceux qui produisent la matière première.

De l’autre, l’État cantonne son rôle à celui d’un régulateur budgétaire, injectant des millions d’euros d’aides publiques pour colmater les brèches d’un modèle économiquement inviable. Faute de bousculer ce monopole privé, la puissance publique maintient sous perfusion un système archaïque, transformant les agriculteurs en dépendants d’un modèle administré.

Rompre les amarres pour réinventer l’avenir

Maintenir en vie ce modèle à coups de rustines financières ne fait que prolonger l’agonie d’une filière bloquée. Pour s’extraire de cette tutelle, La Réunion doit affronter le tabou de sa dépendance structurelle et repenser sa souveraineté. Cela passe par une redistribution intégrale de la valeur énergétique et par une transition vers une diversification agricole capable de redonner aux Réunionnais la maîtrise de leur terre et de leur alimentation. Tant que les profits dicteront leur loi depuis l’extérieur sur le dos des travailleurs locaux, les chaînes de la plantation continueront de peser sur l’avenir de l’île.

Par Jean Fauconnet – Le 24/07/2026

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Jean Fauconnet

« Choisir de ne pas savoir, c'est déjà obéir. » Fidèle à cette devise, Jean Fauconnet est tourné vers journalisme d'impact, celui qui percute la réalité. Journaliste professionnel titulaire de la carte de presse.