Opération « Poches vides » ou comment l’État a trouvé 36 milliards pour nos armées

Politique
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EDITO

C’est le miracle de la multiplication des pains, version treillis et drone d’assaut. L’Assemblée nationale a validé le déblocage d’une rallonge de 36 milliards d’euros pour nos armées d’ici 2030. Une somme incroyable qui, en ces temps de vaches maigres budgétaires, laissait craindre le pire : allait-on devoir taxer les superprofits ? Couper dans le budget des réceptions de l’Élysée ? Que nenni. Fidèle à sa réputation d’illusionniste de la haute finance, le gouvernement a sorti de son chapeau une stratégie imparable.

La Défense s’engraisse, les autres font régime

Pour habiller Paul, il suffit de déshabiller Jacques, Pierre et un bout de la fonction publique. C’est la grande astuce validée par le Haut Conseil des finances publiques. L’effort sera global, solidaire, et surtout supporté par les autres. La Défense est sanctuarisée ? Très bien. Cela signifie simplement que l’Éducation, le Logement ou la Transition Écologique vont devoir apprendre à vivre d’amour, d’eau fraîche et de rapports d’experts non payés.

Chaque autre ministère est donc prié de ralentir sa course, de serrer sa ceinture d’un cran supplémentaire et de regarder avec admiration les 3,5 milliards de « surmarche » injectés dès cette année dans les casernes. La culture attendra, les chars n’attendent pas !

Votre Livret A au service de la patrie

Mais comme l’austérité imposée aux collègues civils ne suffit pas tout à fait à payer des missiles de croisière, l’État a eu une idée lumineuse, celle de faire les fonds de poches des citoyens, mais avec leur consentement poli.

« Pourquoi laisser dormir votre épargne sur un bête compte d’épargne quand elle pourrait financer un blindé flambant neuf ? » semble murmurer Bercy.

Le gouvernement pousse ainsi les feux sur de nouveaux produits financiers très « tendance », orientés vers l’industrie de défense. Demain, votre conseiller bancaire vous proposera peut-être de troquer vos fonds verts contre un placement « Obus et Progrès ». Une manière élégante de privatiser l’effort de guerre sans que cela ne ressemble à un impôt.

Chasse au gaspi

Conscient que les industriels de l’armement ont parfois tendance à voir la vie en rose (et les factures en triple), l’État a tout de même sorti ses propres ciseaux. Pas de panique, on ne coupe pas dans les commandes, on « optimise ».

Les dispositifs de contrôle des prix ont été unifiés pour surveiller de près les sous-traitants un peu trop gourmands en situation de monopole. Finie la fête ? On l’espère mais on peine à y croire. De plus, pour économiser quelques précieux millions, le gouvernement a décidé d’alléger les procédures administratives. Urbanisme, environnement, archéologie préventive : autant de paperasse inutile qui retardait la construction de nos hangars militaires. Si on trouve un vase romain sous une future usine de munitions, tant pis pour Jules César, idem pour une espèce protégée. En clair, plus rien n’est désormais préservé si le militaire a la priorité.

Le plan est donc parfaitement parfait avec un lissage de la trajectoire jusqu’en 2030, des coupes « invisibles » chez les voisins de bureau, et un grand appel au civisme de votre portefeuille. Reste à savoir si, à force de déshabiller les ministères civils pour armer nos soldats, ces derniers n’auront pas bientôt pour mission principale de surveiller des écoles closes, des bâtiments en ruine et surtout les citoyens en colère.

Jean Fauconnet

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JeF

« Choisir de ne pas savoir, c'est déjà obéir. » Fidèle à cette devise qu'il a lui-même inventée suite à une insolation, JeF est une figure de proue du journalisme d'impact, celui qui percute la réalité jusqu'à ce qu'elle change de forme. Au-delà du côté humoristique, JeF est journaliste professionnel titulaire de la carte de presse.