Trocadéro, le mémorial à la surface et les crânes aux sous-sols
À la veille du début des travaux du futur Mémorial national des victimes de l’esclavage colonial à Paris, une réalité souterraine jette une ombre monumentale sur la promesse de réparation de l’État. Quelques mètres à peine sous le futur « jardin mémoriel », les réserves du Musée de l’Homme abritent toujours des milliers de restes humains issus de l’empire colonial. Parmi eux, des crânes d’esclaves. Un vertige éthique, législatif et émotionnel.
C’est un projet que l’Élysée présentait comme le point d’orgue de sa politique mémorielle. Dans les jardins du Trocadéro, face à la Tour Eiffel, là même où fut proclamée la Déclaration universelle des droits de l’Homme en 1948, le paysage s’apprête à muer. Conçu par le paysagiste Michel Desvignes et l’architecte Philippe Prost, un vaste jardin mémoriel doit sortir de terre. Le long de chemins pavés de plaques de lave émaillée, seront gravés les prénoms et noms de 224 000 anciens esclaves affranchis en 1848 en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à La Réunion et à Saint-Martin.
Sortir les « Nouveaux libres » de l’anonymat des archives, inscrire l’hommage dans la pierre et la verdure. Sur le papier, la solennité est totale. Mais en creusant à peine le sol du Palais de Chaillot, le symbole vacille pour laisser place à un contraste saisissant : un hommage national en surface, et des boîtes en carton oubliées au sous-sol.
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